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 Comment mieux écrire ? Olivier lusetti. Méthode.

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olivier.lusetti
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MessageSujet: Comment mieux écrire ? Olivier lusetti. Méthode.   Lun 6 Fév - 16:45

Introduction.

« La plupart des Cours et des Manuels ont été rédigés par des professeurs qui ne passent pas pour des prosateurs de génie, et je ne sache pas qu'on leur en ait fait un reproche. Qu'on ait publié des livres passables, qu'on en ait publiés d'excellents, qu'on n'en ait point publié du tout, chacun peut enseigner la littérature et le style, s'il a du jugement, du sens critique, de la lecture et surtout s'il croit avoir quelque chose à dire. »
Antoine Albalat.
Même s’il est toujours plus facile de semer des doutes que d'enseigner quelque chose, ma méthode apporte enfin des solutions pratiques, elle redresse la courbe du point d’interrogation et lui donne l’élégance de l’exclamation. Elle répond à cette question que tout écrivain se pose : comment mieux écrire ?
Buffon (1707 — 1788) dans son discours sur le style prononcé à l’Académie française dit :
« Bien écrire, c'est tout à la fois bien penser, bien sentir et bien rendre ; c'est avoir en même temps de l'esprit, de l'âme et du goût. »
Mon propos ne sera donc pas de donner des clés pour bien écrire, mais simplement d’aider à mieux écrire.
Je ne m’aventurais pas à expliquer comment faire pour, comme le disait Buffon :
« ajouter la beauté du coloris à l'énergie du dessin, si l'on peut, en un mot, représenter chaque idée par une image vive et bien terminée et former de chaque suite d'idées un tableau harmonieux et mouvant, le ton sera non seulement élevé, mais sublime ».
Comme on le pressent, bien écrire c’est encore différent. C’est, donner à son écriture du relief, de la vie de la couleur, c’est lui donner son propre style habillé des qualités de l’originalité, de la concision et de l’harmonie.
« Le style, conclut Condillac, varie donc en quelque sorte à l'infini, et il varie quelquefois par des nuances si imperceptibles, qu'il n'est pas possible de marquer le passage des uns aux autres. Alors il n'y a point de règles pour s'assurer de l'effet des couleurs qu'on emploie ; chacun en juge différemment, parce qu'on en juge d'après les habitudes qu'on s'est faites ; et souvent on a bien de la peine à rendre raison des jugements qu'on apporte. »
Tout le monde le sait, la forme modifie le fond et le fond modifie la forme. Il faut des mots pour corriger les idées, et il faut des idées pour corriger les mots. C'est une même chose.
« Le style sur l’idée c’est l’émail sur les dents », comme nous le dit Victor Hugo.
Apprendre à mieux écrire ne signifie pas qu’on veuille enseigner à écrire aussi bien que tel ou tel grand écrivain : cela signifie qu'on peut enseigner à quelqu'un à écrire selon le maximum de talent qu'il peut donner, c’est l'aider à dégager laborieusement, efficacement, sa propre originalité.
Le travail sur le style est long. C'est ce qu'exprimait Flaubert, lorsqu'il disait que la prose n'est jamais finie ; et Buffon pareillement « J'apprends tous les jours à écrire. » Et Boileau de même : « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. »
Antoine Albalat nous dit :
« Ce qui fait la résistance d’une œuvre, ne l’oublions jamais, c’est le style, c'est-à-dire la vision réalisée, la conception rendue tangible, la vie donnée aux passions et aux choses. Il est vraiment difficile de bien définir ce que c’est que le style. Pour trouver une théorie qui résume à la fois la généralité et la précision, je crois qu’il faut en revenir à la formule de Buffon : “Le style est l’ordre et le mouvement qu’on met dans ses pensées.” L’ordre, c'est-à-dire la logique des idées, leur enchaînement, leur fond ; le mouvement, c'est-à-dire la couleur, la vie, la forme. L’ordre qui est la concentration, l’allure, l’ensemble ; le mouvement, qui est l’imagination, l’agrément, le relief. »

Certains croient en toute bonne foi que l’écriture est un processus mystérieux que certains comprennent de façon intuitive et innée, c’est ce qu’on peut appeler l’art dans l’écriture : la couleur de l’imagination, la magie des mots, les ailes de la fantaisie, c'est-à-dire le tableau. Ce qui s’apprend certainement c’est la technique. La technique c’est le cadre. Voici donc une méthode pour appliquer la technique.
Voici une liste de quatorze points que je vérifie quand j'écris un texte, ils sont le résultat d'une longue recherche courant sur plusieurs années, je vous livre ici ma méthode, car c'est bien le rôle du forum d’écriture Rêve de Fantasy que de s'aider les uns les autres. Je vous les résume d’abord dans un tableau pratique, dont j’expliquerai ensuite chaque point.

Mise en garde.
Le style ne fait pas tout le texte, il y a ensuite le rythme, l’histoire, les personnages, les thèmes, l’originalité de l’angle de vue de l’artiste, etc.
Il ennuie le style sans histoire, elle s’appauvrit l’histoire sans style.
Je n’ai voulu ici que donner les outils pour mieux écrire, — des repères, non des modèles — dans un but d’une mise en pratique rapide, avec, pour ceux qui utiliseront cette méthode (une fois assimilée) un résultat visible. Donnez à un écrivain affamé un mot d’encouragement ; il vous suit et vous mange dans la main. Expliquez-lui comment travailler sa terre, il part aussitôt la cultiver.




Amélioration du style pour mieux écrire


Ces pourcentages sont le résultat de moyennes réalisées sur les ouvrages suivant : Notre-Dame de Paris (V.Hugo) — Les Trois Mousquetaires (A.Dumas) — L’élixir de vie (H.Balzac) — Madame Bovary (G.Flaubert) — Les liaisons dangereuses (C.Laclos) — Salammbô (G.Flaubert) — Mémoires d'outre-tombe (Chateaubriand). L’objectif est d’avoir les pourcentages les plus faibles. Vous me rétorquerez avec justesse que vous connaissez de grands écrivains qui ont dépassé mes maximums, je vous répondrai que sauf à être vous-même un grand écrivain, personne n’est sûr d’avoir assez de talent pour se faire pardonner ses défauts.
Astuce : Pour calculer aisément les valeurs indiquées dans le tableau, je vous propose de vous aider d’un correcteur. Pour ma part, je vous conseille Antidote HD de Druide informatique.


Les répétitions.


Deux termes identiques de même famille dans un même voisinage peuvent alourdir le propos. Répéter, peut-être utile pour insister, pour être précis. Mais répéter sans raison peu aussi, donner au lecteur une impression de bégaiement. Certains auteurs comme Chateaubriand et Flaubert ont pourchassé les répétitions jusqu’à ne pas les tolérer dans une même page. Montesquieu dans les Lettres persanes, préféra : rien n’a plu davantage, dans les Lettres persanes que d’y trouver, sans y penser, une espèce de roman. Plutôt que : rien n’a plus plu et on le remercie.
Nombre de mots dans le texte : 23 085
Nombre de répétitions : 1321
Pourcentage : 5.72 % dans cet exemple, 1.83 % dans le Salammbô de Flaubert.
Ce pourcentage s’obtient en divisant le nombre de répétitions par le nombre de mots dans le texte.
Présence maximum : 7.30 %. Présence moyenne : 5.84 %. Présence basse : 4.67 %.



Les verbes ternes.


Il vaut mieux, employer, des verbes « pleins », porteurs d’un sens propre et précis, plutôt que des verbes « vides » ou « passepartouts », qui sont sentis comme « mous » ou « incolores ». Les verbes ternes (être, avoir, faire) affadissent le texte. Les remplacer donnera plus de couleur à votre texte. L’emploi des auxiliaires avoir et être devient épidermique. Tous les écrivains et non des moindres, en fourmillent. Alors qu’ils dispensent de chercher le mot vrai, le seul qui dirait tout et qui le dirait mieux.
Nombre de verbes présents dans le texte : 4483
Nombre de verbes ternes : 651
Pourcentage : 14.52 % dans cet exemple, 6.98 % dans le Salammbô de Flaubert.
Ce pourcentage s’obtient en divisant le nombre de verbes ternes par le nombre de verbes dans le texte.
Présence maximum : 15.1 %. Présence moyenne : 12.08 %. Présence basse : 9.66 %.


Le participe présent.


Surnuméraires, ils assourdissent le rythme, il faut les éviter en début de phrase.
Nombre de verbes : 4483
Nombre de participes présents dans le texte : 96
Pourcentage : 2.14 % dans cet exemple, 3.76 % dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo.
Ce pourcentage s’obtient en divisant le nombre de participes par le nombre de verbes dans le texte.
Présence maximum : 7.12 %. Présence moyenne : 5.69 %. Présence basse : 4.55 %.


Les phrases longues.


Les phrases trop longues peuvent dérouter le lecteur (plus de quarante-cinq mots, ceci est une moyenne). Segmentez vos idées et évitez les phrases tiroirs.
Nombre de phrases dans le texte : 1546
Nombre de phrases longues dans le texte : 11
Pourcentage : 0.71 % dans cet exemple, 1.51 % dans le Salammbô de Flaubert.
Ce pourcentage s’obtient en divisant le nombre de phrases longues par le nombre de phrases dans le texte.
Présence maximum : 15.59 %. Présence moyenne : 6.23 %. Présence basse : 2.49 %.



Nombre de mots par phrase.


Les mots qui comportent au maximum 15 mots se mémorisent plus, c’est notamment le cas des échanges d’actions. La longueur moyenne des phrases des romans anglais passe de 41 en 1740-1790 à 15 en 1920-1979. François Richaudeau dans son « Écrire avec efficacité », nous apprend, entre autres, que les mots de la première moitié de la phrase (de 15 à 35 mots) sont mieux mémorisés que ceux de la seconde moitié. Flaubert utilise en moyenne 14.55 mots par phrase dans son Salammbô.
Présence maximum : 21.56 mots. Présence moyenne : 18 mots. Présence basse : 15 mots.


Verbe absent.


Les phrases sans verbe principal peuvent créer par staccato un effet de rythme ou d’ellipse percutant, mais elles peuvent surtout briser le flot des mots.
Nombre de phrases dans le texte : 1546
Nombre de phrases dans le texte avec absence de verbe principal : 37
Pourcentage : 2.39 % dans cet exemple, 2.41 % dans Mémoires d’Outre-tombe, Livres I à XII de Chateaubriand.
Ce pourcentage s’obtient en divisant le nombre de phrases au verbe principal absent par le nombre de phrases dans le texte.
Présence maximum : 10.31 %. Présence moyenne : 6.49 %. Présence basse : 4.08 %.



Les tournures participiales.


L’emploi d’une participiale comme complément du nom est souvent correct. Dans certains cas, il peut être perçu comme lourd, surtout s’il est trop fréquent. D’autres constructions peuvent alors alléger le texte : relative, adjectif qualificatif, groupe prépositionnel, etc. La proposition participiale a comme noyau un verbe conjugué au participe présent. Elle peut être employée comme complément adverbial (Croyant que j’étais absente, Nathalie est repartie) ou comme complément du nom (le café provenant du Brésil).
Quand elle est complément du nom, la proposition participiale joue le même rôle qu’une relative (le café qui provient du Brésil), qu’une simple épithète (le café brésilien) ou qu’un groupe prépositionnel (le café du Brésil).
Nombre de phrases dans le texte : 1546
Nombre de participiales dans le texte : 21
Pourcentage : 1.35 % dans cet exemple, 1.52 % dans les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas et de 0 % chez Laclos dans ses Liaisons dangereuses.
Ce pourcentage s’obtient en divisant le nombre de phrases avec tournure participiale par le nombre de phrases dans le texte.
Présence maximum : 2.36 %. Présence moyenne : 1.88 %. Présence basse : 1.51 %.


Pour un style plus dynamique évitez un trop grand nombre de :

Conjonctions.


Les subordonnées relatives et les subordonnées conjonctives en ce qu’elles sont parfois essentielles à la compréhension d’un message. C’est le cas, par exemple, des relatives qui ajoutent une information brève. Toutefois, si c’est possible de le faire, il est préférable d’éliminer ces propositions en les remplaçant par une construction plus dynamique et plus dense. Il faut proscrire de son style ces conjonctions dont on abuse pour amener des transitions de phrases comme : en effet, certes, du reste, car, pour sa part… La vraie transition dépend de l’esprit d’une phrase et non d’une conjonction mécanique.
Nombre de mots dans le texte : 23 085
Nombre de conjonctions : 1086
Pourcentage : 4.70 % dans cet exemple, 4.63 % dans l’élixir de vie de Balzac.
Ce pourcentage s’obtient en divisant le nombre de conjonctions par le nombre de mots dans le texte.
Présence maximum : 6.50 %. Présence moyenne : 5.52 %. Présence basse : 4.69 %.



Conjonctions de subordination.


Nombre de mots dans le texte : 23 085
Nombre de conjonctions de subordination : 536
Pourcentage : 2.32 % dans cet exemple, 2.41 % dans Mémoires d’Outre-tombe, Livres I à XII de Chateaubriand.
Ce pourcentage s’obtient en divisant le nombre de conjonctions de subordination par le nombre de mots dans le texte.
Présence maximum : 2.52 %. Présence moyenne : 2.02 %. Présence basse : 1.62 %.



Pronoms démonstratifs.


En général, l’utilisation d’un pronom démonstratif pour remplacer une proposition alourdit un texte et en brise le rythme. On évitera ainsi les formes ceci, cela, et ce, et cela, c’est que, etc.
Nombre de mots dans le texte : 23 085
Nombre de pronoms démonstratifs : 307
Pourcentage : 1.32 % dans cet exemple, 0.53 % dans Madame Bovary de Flaubert.
Ce pourcentage s’obtient en divisant le nombre de pronoms démonstratifs par le nombre de mots dans le texte.
Présence maximum : 1.44 %. Présence moyenne : 1.12 %. Présence basse : 0.87 %.



Pronoms relatifs.


Une des grandes causes de la dureté dans le style, c’est l’emploi trop fréquent des « qui » et des « que ». Ils prolifèrent en pronoms relatifs. Ils gâchent la fluidité musicale. Chateaubriand les évitait, Flaubert les appelait les écueils de la langue française.
Nombre de pronoms relatifs dans le texte : 23 085
Nombre de pronoms relatifs : 340
Pourcentage : 1.47 % dans cet exemple, 1.20 % dans le Salammbô de Flaubert.
Ce pourcentage s’obtient en divisant le nombre de pronoms relatifs par le nombre de mots dans le texte.
Présence maximum : 2.03 %. Présence moyenne : 1.74 %. Présence basse : 1.49 %.



Prépositions.


Une phrase construite avec un petit nombre de prépositions est beaucoup plus élégante et musicale qu’une phrase qui en contient plusieurs. Comparez ces deux énoncés ; le premier contient deux prépositions, tandis que le second n’en contient aucune.
J’ai appris de mon expérience que le bonheur est un choix au quotidien.
Mon expérience m’a appris que le bonheur est un choix quotidien.
Nombre de mots dans le texte : 23 085
Nombre de prépositions : 2373
Pourcentage : 10.27 % dans cet exemple, 10.76 % dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo.
Ce pourcentage s’obtient en divisant le nombre de prépositions par le nombre de mots dans le texte.
Présence maximum : 12.74 %. Présence moyenne : 11.97 %. Présence basse : 11.25 %.



Voix passives.


Les tournures passives, où le verbe est au passif, sont utiles lorsque l’on veut mettre l’accent sur le complément direct plutôt que sur le sujet (le film a été acclamé par la critique), ou lorsque le sujet est inconnu (le film a été acclamé). Autrement, une phrase équivalente à la voix active est généralement plus percutante (la critique a acclamé le film). En surnombre, les passives peuvent donner au texte une atmosphère désincarnée. Stephen King, dans son Écriture mémoire d’un métier, nous conseille de les éviter.
Nombre de phrases dans le texte : 1546
Nombre de phrases à la voix passive : 142
Pourcentage : 9.18 % dans cet exemple, 3.25 % dans le Salammbô de Flaubert.
Ce pourcentage s’obtient en divisant le nombre de phrases à la voix passive par le nombre de phrases dans le texte.
Présence maximum : 8.97 %. Présence moyenne : 6.72 %. Présence basse : 5.04 %.



Tournures impersonnelles.


Les tournures impersonnelles sont à éviter autant que possible. Bien qu’elles aient, au même titre que toute autre construction, leur place dans un texte, les tournures impersonnelles ont le désavantage de déplacer le thème de la phrase à la fin. Le sujet apparent (il, cela, ça), peu informatif, oblige le lecteur à attendre le sujet réel.
Ce déplacement est souhaitable et efficace si l’on désire justement garder quelques instants en suspens le thème réel de la phrase. Dans les autres cas, les tournures impersonnelles, et notamment les il y a, risquent d’alourdir inutilement le texte. On en fera donc un emploi modéré.
On les utilisera donc avec discernement et on alternera avec des constructions plus vivantes comme les phrases actives.
Nombre de phrases dans le texte : 1546
Nombre de phrases à la voix passive : 142
Pourcentage : 9.18 % dans cet exemple, 3.25 % dans le Salammbô de Flaubert.
Ce pourcentage s’obtient en divisant le nombre de phrases avec une tournure impersonnelle par le nombre de phrases dans le texte.
Présence maximum : 10.66 %. Présence moyenne : 6.82 %. Présence basse : 4.36 %.


Conclusion :

Il faut travailler son style, refaire ses phrases jusqu’à ce qu’on en soit content et qu’on ne puisse les faire mieux. Il faut songer aux milliers de combinaison que peuvent fournir les mots par leurs rencontres, leurs chocs, leur déplacement ; briser les phrases longues, souder les phrases courtes pour en faire de longues ; voir, par la lecture, les ressources qu’ont employées les brillants écrivains. On écrit un premier jet et ensuite on l’émonde, on le bâtonne on le refond. Une fois le deuxième jet écrit sur le premier, il est nécessaire de le laisser reposer. On le reprendra le plus tard possible. Il faut du recul pour bien se voir, et ce recul ne se produit que lorsque la matière est refroidie. Ce qui fait la magie d’un style, c’est la condensation, la force du resserrement, l’originalité, le relief, qualités qui ne s’obtiennent que par des refontes successives et un raturage continuel.
Quand le travail de repos est fini, on juge s’il y a un troisième effort à fournir et presque toujours on en sent le besoin.
Voilà pourquoi on doit s’appliquer dès que l'on tape sur le clavier. Avec cette méthode, si vous décidez que toutes les valeurs doivent être basses, vous travaillerez beaucoup votre texte. Pour obtenir plus encore je vous conseille de l’étendre dans chaque section qui forme un chapitre. Votre écrit y gagnera à nouveau, cela écrasera les derniers grumeaux.
Cependant on doit s’arrêter. Il y aurait un grave écueil à corriger indéfiniment. La correction doit avoir un terme ; on peut gâter son œuvre à force de la retoucher.
Que la lime polisse l’ouvrage, mais qu’elle ne l’use pas. Il faut donc s’arrêter et savoir être content de soi. Pour savoir si vous avez le droit d’être satisfait, soumettez votre création à un maitre éclairé, un ami clairvoyant ou aux critiques des membres d’un forum d’écriture. Pourquoi pas Rêve de Fantasy (RdF), avec son comité de lecture ? Si vous aimez la littérature de l’imaginaire, rejoignez-nous et aidons-nous à nous améliorer.
La marque du talent réside dans le plus ou moins d’aptitude à saisir les défauts qu’on vous signale.



P.S. si vous avez des remarques sur cette méthode, n’hésitez pas à me contacter par courriel :
Lusetti.opr@orange.fr

Je vous propose la lecture du début de ma nouvelle la Dernière Houri qui a bénéficié pleinement de cette méthode. Je ne peux vous la dévoiler entièrement, elle devrait rejoindre une anthologie.

Amicalement
Olivier Lusetti.
:)
La certitude fait avancer, le doute fait progresser.

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Les avis, c’est comme le nez au milieu de la figure,
tout le monde en possède un, du flair pour certains.
Il ennuie le style sans histoire, elle s’appauvrit l’histoire sans style.

LA PROMISE (roman de fantasy, 15 et )

LE CYCLE D'HYPNOS (extraits)


Dernière édition par olivier.lusetti le Mar 7 Fév - 12:19, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Comment mieux écrire ? Olivier lusetti. Méthode.   Lun 6 Fév - 16:49

LA DERNIÈRE HOURI

Olivier Lusetti (extrait).



Le monastère juché sur une falaise surplombait l’onde amère. D’une fenêtre, une jeune fille, sur la pointe des pieds, la contemplait. Une brise marine, passant et se retirant agitait un rideau et s’accordait avec l’aller et le venir des vagues. Des hirondelles trissaient et s’enfonçaient entre les murailles trouées. Des goélands à ailes grises piquaient dans l'intumescence bleutée des flots. Le sillage tranquille des barques et des plongeuses qui s’adonnaient à la pêche troublait dans la mer l'image du ciel. Les voiles blanches des embarcations remplaçaient les nuages absents.
Le vent d’occident souffla. Il apportait sable et sédiment du désert. La mer se teinta de jaune. Cette couleur particulière lui donnait son nom : la Mer Jaune. La demi-journée inondée de lumière s’écoulait paresseusement. Une odeur saline, reposante, flottait partout.
Depuis trois jours, Shan – Corail-Précieux — séjournait dans une cellule spacieuse, aux parois pierreuses, meublée d'une natte de jonc, où une cloison en bois décorée d’entrelacs floraux cachait le pot des commodités, une cuvette et une cruche remplie d’eau. Nourrie de prière et d’une tisane, elle goûtait une paix intérieure rassasiante. Parfois, la faim la malmenait. Alors, le spectacle de la nature, la beauté d'une étoile rougeoyante semblable au couchant du soleil manquant, le blêmissement sublime des premières lueurs à l’orient finissaient de la régaler.
Le bonheur, elle le respirait et il gonflait ses poumons. Tout régnait dans une ambiance ouatée rassurante, aussi berçante et douce que le clapotis des vagues sur la coque du voilier.
Excepté ce matin, cette douleur aux reins tout lui paraissait parfait.
Le temps purificateur des trois jours se terminait. Aujourd’hui commençait la dernière étape de son initiation. Elle déglutit. Le goût délicieux de la tisane, servie après son lever et peu avant son coucher, moments indiqués par le son d’une cloche, lui manquait.
Ses lèvres de corail s’entrouvrirent, dévoilant des dents de nacre admirablement alignées. Shan percevait le frottement des étoffes. Elle écarquilla ses yeux de jais rayonnants, grands, écartés, munis de cils recourbés. Des pas progressaient. Elle vérifia son chignon fixé par un peigne ivoirin et effaça avec sa main un pli imaginaire sur sa robe blanche tombante jusqu’au sol, aux manches ondulantes et rouges. On venait la chercher. Elle sourit. Ses joues pleines, la partie la plus large de son visage, se gonflèrent. Des clochettes tintèrent. Elle courba sa taille menue et abaissa son front dans un salut respectueux.
La porte s’entrebâilla, mais personne n'entrait.
— Ma sœur, atteindre tout objectif demande à effectuer un premier pas, dit une voix forte.
Elle reconnut Yun, son amie.
— Ô servantes de Guanyin, le bonheur consiste à marcher dans les vôtres, répondit Shan.
Elle quitta sa pièce. Devant elle, neuf religieuses dans l’antichambre vide formaient un cercle immobile.
Elles portaient une tunique orangée, aux bordures dorées avec des manches longues évasées, croisée sur la poitrine qui allait jusqu’aux genoux, une ceinture ample en soie verte et une étroite jupe noire qui s’arrêtait aux chevilles. Sur leur tête s’élevait une mitre en toile laiteuse avec fanons frangés de nacarat. Un col brodé de dragons entourait leur cou et leurs traits disparaissaient sous un voile de lin.
Shan s’installa au milieu des femmes. Le cérémonial commença. Des prières montèrent comme un pur encens. Des doigts se serrèrent affectueusement. Des grelots sonnèrent joyeusement. Enfin, toutes bougèrent et un cortège s’ébranla du pas solennel d’une procession.
Après une suite de couloirs et de pièces, elles abandonnèrent les murs protecteurs du monastère et arpentèrent ses remparts.
Au large apparaissait un navire. Deux rangs de rames frôlaient la surface de la mer. La proue en forme d’oiseau, le bec ouvert, les faisait ressembler à des ailes. Les appels d'airain lancés par les trompettes pour annoncer la venue des visiteurs évoquaient les cris stridents des mouettes.
Brusquement, la terre trembla légèrement. Les dix religieuses s’agrippèrent l’une à l’autre. Puis, le paysage leur devint trouble. Elles eurent beau plisser les yeux, il ondulait comme vu à travers la vapeur d’une eau bouillante. Alors, un atroce barrissement résonna. Un choc transperça les poitrines ; un feu brûla les veines ; les articulations craquèrent et les têtes compressées semblèrent éclater. Un dernier son fulgurant et strident vrilla les oreilles. La normalité reprit contact avec le monde.
Toutes savaient les conséquences terribles du Souffle-Pétrifiant.



À suivre...

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