
Association et forum Francophone créés le 8 avril 2009 avec Comité de Lecture. Ici, les terres de l’imaginaire sont foulées par des écrivains en herbe, en devenir ! Ici, la langue française parle le fantastique ! Ici ! Votre œuvre sera lue, évaluée. |
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| | Résultat du comité sur le manuscrit Frères de Coeur d'Eladwynn | |
| | Auteur | Message |
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olivier.lusetti Maître des Ombres


Messages: 3430 Date d'inscription: 09/04/2009 Age: 45 Localisation: Perpignan
 | Sujet: Résultat du comité sur le manuscrit Frères de Coeur d'Eladwynn Jeu 23 Déc 2010 - 0:46 | |
| Très cher Eldawynn le comité à l’unanimité n’a pas décidé de continuer la lecture de ton ouvrage « Frères de Coeur » et tel que le stipule le règlement, il ne bénéficiera pas d’une évaluation complète, car les membres ne l’ont pas trouvé suffisamment abouti en l’état. Ceci n’est pas une fin en soi, car nous serons tous heureux de recevoir ta nouvelle version enrichie des remarques et des analyses qui suivent.
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|  | | olivier.lusetti Maître des Ombres


Messages: 3430 Date d'inscription: 09/04/2009 Age: 45 Localisation: Perpignan
 | Sujet: Re: Résultat du comité sur le manuscrit Frères de Coeur d'Eladwynn Jeu 23 Déc 2010 - 0:47 | |
| Membre A : Prologue : Le début d’un roman doit être immersif, afin d’accrocher le lecteur et lui donner envie de lire la suite. Soit un paragraphe très bien écrit, soit un chapitre ou prologue surprenant et/ou plein d’adrénaline. Ce n’est pas le cas de cette Genèse très longue qui ne fait que présenter ton monde. De plus, elle est narrée à la 1ère personne, ce qui permet de connaître le point de vue du conteur. Or, le texte est très droit, très objectif, et nous ne savons pas qui parle. Une présentation est nécessaire, car c’est bien plus loin dans le texte que j’ai cru comprendre qu’il s’agissait d’un Celestian. Et je ne comprends pas pourquoi son auteur (un Celestian), narrerait le commencement du monde et dévoilerait l’existence de son espèce, si ce n’est pour en informer ses lecteurs. Or sa race est censée « être tenue secrète ». En plus de ne pas être immersive, ta Genèse présente un monde peu original : très manichéen, avec l’existence des quatre éléments, et d’espèces très communes en fantasy jeunesse : nains, mahos (orcs), elfes. A propos, je suis dubitative quant à ta description des nains. Tu les décris comme des êtres faits pour la vie souterraine, et adaptés à la surface. Mais une attirance à l’altitude est contraire à leur nature, ce n’est pas crédible. Tu dis aussi qu’ils sont avant tout des inventeurs, des ingénieurs. Or, d’immenses navires volants ne peuvent être que liés à la magie. Et tu contredis leur caractère, tantôt « enfantin », tantôt « courageux, travailleurs, imaginatifs, fiables » Les mahos ne me convainquent pas non plus car leur système hiérarchique est basé « sur la loi du plus fort et la crainte des sages », deux notions complètement opposées. S’ils respectent la loi du plus fort, les plus jeunes devraient profiter de la décadence physique des anciens en les tuant, afin de prendre leur place. De plus, pourquoi craindraient-t-ils leurs aînés si ce n’est pour leur sagesse ? Or, tu les décris comme « peu sensibles à la méditation et à la concentration ». Ce bestiaire vu et revu n’attise pas la curiosité du lecteur, et un Commencement aussi classique nécessite moins de pages. Il faut ajouter que ta Genèse est censée évoquer la création de ce Monde, et donc parler de ses caractéristiques géographiques (nombre de continents, mers, montagnes…) et climatiques. Par exemple, nous ne savons pas où vivent les orcs. Je ne comprends pas non plus l’utilité de cette partie d’échecs avec ces deux frères sur qui le lecteur ne sait absolument rien, y compris le nom de l’un deux. Et ayant pratiqué les échecs durant quelques années, j’ai relevé quelques erreurs : | Citation: | | Un damier géant couvert de figurines de diamant apparut alors entre les deux frères et ces derniers se mirent à l’observer avec attention. |
Damier = jeu de dames (100 cases). Echiquier = jeu d’échecs (64 cases).
| Citation: | Se tenant le menton d’un air pensif, son frère commença à mettre au point une stratégie. Après plusieurs minutes de réflexions, il saisit une pièce noire sur l’échiquier et la bougea d’une case. |
Aux échecs, mettre au point une stratégie si prématurément est impossible. Avant cela, chaque joueur doit jouer son ouverture (mettre en place son « armée »), qui est apprise par cœur. Cela dure en moyenne une dizaine de coups. Puis on commence à réfléchir.
| Citation: | - Cette partie va être passionnante ! Quelle douce ironie… souffla Askan, les yeux brillants. - J’adore faire jouer les pions en premier… chuchota l’humain, les yeux rivés sur le damier. |
Le début d’une partie d’échecs est basé sur le contrôle du centre de l’échiquier. On commence donc toujours par bouger un pion (la plupart du temps un pion central) et de deux cases, pas une (occuper un maximum d’espace). (Et encore une fois, ce n’est pas un damier, mais un échiquier )
Pour moi, ce prologue n’a pas de raison d’être, je te conseille de le supprimer et d’insérer les informations nécessaires au fur et à mesure. Ainsi, l’immersion sera plus rapide. Sinon, tu peux faire parler cet immortel, mais cette solution nuira à l’immersion du lecteur
| Citation: | Chapitre 1 :
-Voila bien l’arrogance des Andarens, pesta Zehyst tout en poursuivant inexorablement son chemin. -Bien entendu, les deux andarens avaient immédiatement perçu l'intrusion et réagit en conséquence. |
Que sont les Andarens ? A expliquer, car ce n’est que bien plus loin que j’ai compris qu’il s’agissait d’elfes.
| Citation: | | Un pan de mur était aménagé en une bibliothèque dont les ouvrages recouvraient toute sa surface. |
Une salle de réception ne contient pas de bibliothèque. Dans une époque moyenâgeuse, les livres sont très précieux, car écrits à la main et avec une couverture parfois ornée de pierres précieuses : ils ne sont donc pas à la disposition du premier venu.
| Citation: | | L’elfe dégageait une aura féline, de sauvagerie, de force confortée par le port de deux épées courtes, probablement en argent, brillants d’une légère lueur dorée. |
Dans ta Genèse, tu décris les elfes comme un peuple « pacifique et plein de sagesse. »
| Citation: | | - Au regard de l’éternité, la vie d’Andalarion n’était rien. Et pourtant, sa perte affecte d’autres mortels. C’est un concept que j’ai du mal à appréhender car son souvenir s’effacera bien vite de ma mémoire. Mais sans la somme de toutes les lettres qui le compose, un livre ne serait qu’un amas de pages blanches. | Zehyst parle comme s’il était immortel. Or, au début du chapitre, tu le désignes comme un « homme ».
Dès le début du chapitre, tu présentes Zehyst comme un être maléfique. Je trouve ta mise en scène trop théâtrale et assez cliché : le grand château quasi désertique, la nuit, les éclairs, toute source de lumière qui s’éteint en sa présence etc. Et tu as doté ce sorcier de trop de pouvoirs : guerrier aux réflexes surhumains, mage invincible. Un personnage invulnérable est sans intérêt, car on sait d’avance l’issue du combat. Par exemple, quand l’une des sources de lumière l’atteint, il ressent de la douleur, mais n’est même pas blessé. Une blessure rendrait le combat contre le couple d’elfes plus haletant.
La magie de ton monde confirme l’impression que donne ta Genèse : un manque d’originalité. Car elle est aussi basée sur les principes d’Ombre, de Lumière et d’éléments. De plus, elle ne semble pas faire perdre de l’énergie à son utilisateur : son usage est infini, ce qui rend les mages beaucoup trop puissants par rapport aux guerriers. Je te suggère de créer quelques limites, et d’expliquer rapidement son utilisation à un moment propice. Sinon, Andalarion doit se mettre en transe, contrairement au sorcier. Cela rend l’elfe beaucoup trop vulnérable, je ne comprends pas le pourquoi de ce désavantage.
| Citation: | Chapitre 2 :
Dans cette zone luxuriante proche d’Onde-étoile, le climat avait toujours été propice à l’agriculture et la vingtaine de villages dressés sur ces terres prospéraient grâce à l’exportation de denrées alimentaires basiques : lait, oeufs, blé mais aussi des bétes d’élevage de grande qualité. |
Où se situe Onde-étoile ? Est-ce une ville ? Un pays ? Un continent ?
La scène de cache-cache du début du chapitre est sympathique, car elle permet de s’attacher au garçonnet et à sa parfaite famille. Cependant, sa mère lui propose ensuite de lire des contes pour passer le temps. Or l’histoire que l’enfant choisit est pour moi malsaine, car deux des sujets abordés sont le suicide et la vengeance. Je ne crois pas qu’une bonne mère puisse narrer ce genre de contes à son enfant de 8ans, et ne pas trouver étrange que ce soit son histoire préférée. De plus, il est exceptionnel que les paysannes soient lettrées, et les livres sont rares et coûteux, car l’imprimerie n’a pas encore été inventée. Les contes sont transmis à l’oral. Une fois arrivé au marché, Arbhaal n’a que quelques courses à faire pour être libre. Pourtant dans une époque moyenâgeuse, on ne laisse pas les enfants fainéanter, ils doivent tout le temps se rendre utile. Tu présentes Arbhaal comme un enfant pour l’instant innocent, qui aime les valeurs chevaleresques. Pourtant, il possède les bûcherons et les fait s’entretuer entre eux sous prétexte de justice. De plus, je ne comprends pas pourquoi il assassine ses parents. Car bien que Zehyst lui ait dit qu’il les tuerait, il n’a pas parlé de torture, or l’enfant en est persuadé. Et même, pourquoi les assassiner avec un couteau de cuisine, alors qu’il peut utiliser ses pouvoirs ? De toute manière, je trouve ce meurtre sordide. Cette scène devrait être supprimée, car ton roman semble destiné à un public jeunesse, en voici les critères que je retrouve dans ton écrit : _ L’un des deux élus est un enfant et a des pouvoirs innés _ Le style simple (facilement accessible aux enfants). _ L’univers est très manichéen (scénario plus facile à comprendre). _ L’originalité qui est pour l’instant absente, car l’histoire semble très inspirée par les RPG (un point mineur en fantasy jeunesse, mais important dans le genre adulte). Bref, les critères d’exigence peuvent être un peu baissés quand on cible les enfants ; ton roman, ne saurait convenir à un public adulte mais retravaillé pourrait intéresser les enfants.
Chapitre 3 :
Le début de ce chapitre se lit agréablement, tu fais un portrait assez attachant du jeune dévot. Cependant, deux tragédies à la suite, c’est plutôt répétitif. De plus, la rencontre d’Isaac et d’un érudit, un nain et un esprit libre (trois classes différentes, comme par hasard) qui décident de former un groupe sans véritable raison est peu crédible, et plus digne d’un jeu de rôle que du scénario d’un roman. C’est mal amené. Isaac devrait rencontrer ses compagnons au fur et à mesure. Par exemple, en sauvant la vie de l’un d’entre eux, qui pour régler sa dette, se joindrait à sa quête.
Conclusion : En plus des problèmes (en grande partie des incohérences) que j’ai tenté de montrer chapitre par chapitre, je profite de la conclusion pour déplorer le peu de travail effectué sur le style : des dizaines de fautes d’orthographe qui gênent beaucoup la lecture, de nombreuses répétitions et verbes ternes qui appauvrissent l’écriture et montrent que ce roman n’est pas abouti. Je te conseille de lire le sujet « Le style son amélioration, des conseils pour mieux écrire. » dans Trucs et Astuces. En plus de cela, le prologue peu immersif, le méchant trop caricatural, l’absence d’originalité me poussent à voter contre la lecture du roman entier d’Eldawynn. Ce roman présente cependant quelques qualités, comme des personnages (Isaac et Arbhaal) assez attachants. Je conseille à l’auteur de ne pas se décourager. Avec beaucoup de travail, il peut arriver à faire un bon roman jeunesse. Amicalement.
PS : je posterai dans les commentaires de ton roman une correction du prologue et du 1er chapitre.
MissCoco
Dernière édition par olivier.lusetti le Jeu 23 Déc 2010 - 0:58, édité 1 fois |
|  | | olivier.lusetti Maître des Ombres


Messages: 3430 Date d'inscription: 09/04/2009 Age: 45 Localisation: Perpignan
 | Sujet: Re: Résultat du comité sur le manuscrit Frères de Coeur d'Eladwynn Jeu 23 Déc 2010 - 0:57 | |
| Membre B Bonjour Eldawynn.
Suite à la soumission de ton roman "Frères de Coeur" à l'Antichambre du Comité de lecture de RdF, j'ai lu le prologue et les trois chapitres que tu as posté. J'ai hélas le regret de t'informer qu'à mon sens, tu n'as pas un niveau satisfaisant pour obtenir mon approbation. Je désapprouve donc ton évaluation par le Comité de lecture. Afin que tu puisses comprendre les raisons de mon choix, je te livre mon avis concernant le début de ton projet, avis qui se veut bien entendu personnel mais le plus objectif possible.
Dans un premier temps, et même si je n'ai pas à le faire ici, je tiens néanmoins à t'informer que ton style n'est absolument pas abouti. Tout au long de ma lecture, je n'ai pu que constater un manque évident de travail sur la forme : répétitions, participes présents, et adverbes modaux à foison, fautes d'orthographe et de ponctuation (règle de dialogue non respectée, mauvais emploi des points de suspension, omission de signes de ponctuation, virgules mal placées) récurrentes. Bref, des lourdeurs qui entachent ton style qui au demeurant se lit bien, mais exige à l'évidence d'être corrigé et travaillé.
A présent, le fond. - Prologue : le début de ton récit retrace la cosmogonie relative à l'univers de ton roman par l'intervention d'un narrateur on ne peut plus objectif, objectivité qui dessert complètement le texte. En effet, celui-ci se borne à narrer des faits sans émettre la moindre opinion —, et ce bien que je comprenne qu'en faisant partie de l'Equilibre, il se doit d'être impartial —, ce qui ne permet pas aux lecteurs d'accrocher, mais simplement de subir ce qui est raconté. Un début qui pour ma part se révèle long et fastidieux pour ne pas dire, et excuse-moi pour cet écart à la limite de la subjectivité, soporifique. À vrai dire, je ne saisis pas l'utilité d'une telle entrée en matière alors que tu aurais pu dévoiler toute cette partie au fil de l'histoire afin de l'étayer. En outre, il y transparaît plusieurs clichés (races tolkienesques et manichéisme induit par l'Ombre et la Lumière) qui rebutent quelque peu par la sensation de déjà vu qu'elles génèrent, bien qu'ils pourraient aussi plaire à certains. Fort heureusement, de rares points sont tout de même là pour susciter un minimum d'intérêt. Ainsi, les Anciens, race divine à laquelle appartient le narrateur, sont dépêchés par Ohm, le créateur, auprès des mortels afin de maintenir l'Equilibre sur Néogaia, ce qui laisse présager leur rôle futur dans la trame du roman, du moins je l'espère ne serait-ce que pour lier cette introduction avec la suite du récit autrement que par la cosmogonie qui y est détaillée. Mais surtout, la fin du prologue où les lecteurs apprennent que le pavé qu'ils viennent de lire est en réalité le contenu d'un ouvrage consulté par deux frères (serait-ce les Jumeaux Divins ?) s'avère une riche idée. Malheureusement, il est trop tard pour faire passer cet interminable préliminaire.
- Chapitre Un : l'histoire est lancée avec la présentation d'un (sur)puissant sorcier nommé Zéhyst qui s'introduit dans le bastion d'un couple de magiciens pour les affronter, et finalement les vaincre sans grande difficulté pour une obscure histoire de vengeance. Il en résulte alors plusieurs problèmes. Outre le fait que cet affrontement entre pratiquants de la magie est pour le moins stérile, a priori profondément inspiré d'une partie de MMORPG/JdR, il ne fait que l'étalage de l'incommensurable pouvoir dudit sorcier qui ne semble nullement limité. En effet, tu as manqué là un bon moyen de faire découvrir aux lecteurs les ressorts de la magie de ton univers qui ne paraît être régie par aucune règle. À ce travers s'ajoutent des personnages on ne peut plus ternes. Et pour cause, tu négliges leurs psychés, ce qui ne permet pas aux lecteurs de se familiariser avec ton protagoniste. Zéhyst s'avère dès lors très limité dans ses pensées et ses émotions, lesquelles n'apparaissent que par le biais de mots sommaires, sans compter que tu ne lui fournis aucune justification explicite quant à la raison de sa vengeance. Certes, tu désires qu'il soit mystérieux, mais là il en devient non substantiel. Les seuls points intéressants de ce chapitre sont à mon sens les tirades, et en particulier le dialogue lorsque Zéhyst fait face en entrant dans la salle de réception au couple andaren, qui ont au moins l'avantage de fournir quelques informations. Toutefois, elles ne sont dans leurs constructions rien de plus, puisqu'il leur manque des incises autres qu'une indication du ton employé pour vivifier tes personnages. Les descriptions, à l'exception de celle du couloir, sont quant à elles correctes. Tu livres suffisamment de détails pour que les lecteurs puissent visualiser autant les lieux de l'affrontement d'où émanent une certaine grandeur que les personnages dont les attributs physiques corrèlent avec la situation. Enfin, un élément suscite de manière éphémère l'intérêt en la personne de l'homme borgne qui assiste impassiblement au combat, laissant supposer qu'il s'agit d'un Ancien (le narrateur du prologue ?).
- Chapitre Deux : cette partie de l'histoire met en scène une famille de paysans qui se rend dans un village pour vendre leurs produits et dont le fils, Arbhaal, n'est autre que l'élu tant attendu par les agents de l'Ombre, élu attirant l'attention de Zéhyst qui va le prendre contre son gré comme apprenti. Le premier point qui entache ce chapitre est lié à la révélation vis-à-vis d'Arbhaal. Le fait qu'il jouisse de pouvoir inné est en soi somme toute assez classique, mais qu'il soit en plus l'élu de l'Ombre relève du cliché. Outre ces poncifs, certains passages sont mal amenés. L'interrogatoire de l'enfant par le bourgmestre en est un bon exemple, puisque trop vite expédié, sans que celui-ci ne cherche à voir plus loin que le bout de son nez alors qu'il y a eu mort d'hommes. En effet, le nain se contente d'un "Tu as du subir un grand traumatisme (qui est au passage anachronique), pauvre enfant. Navré de t'avoir brusqué. Je vais te laisser rentrer chez toi avec tes parents. Essaie de ne plus penser à tout ceci", et c'est tout. Quant à la décision d'Arbhaal de tuer lui-même sa famille pour lui éviter une fin douloureuse, il semble illogique qu'il emploie un couteau de cuisine alors qu'il dispose de redoutables pouvoirs mentaux capables de "faire plier les esprits", de les saturer de "pensées suicidaires". Sans parler de ce passage creux se déroulant cinq jours après la tuerie, juste avant la venue de Zéhyst, où tu racontes la vie à la ferme sans que le lecteur n'en comprenne la pertinence. Pour ce qui est des points forts de ce chapitre, l'idée d'inclure un conte tiré de ton univers, en l'occurrence l'histoire d'un harpiste revenant d'entre les morts pour se venger, est bonne, mais son traitement un peu long. Par contre, l'apparition de Zéhyst qui est à la recherche d'Arbhaal est intéressante et à l'avantage de créer un lien concret avec le chapitre précédent. Les lecteurs peuvent dès lors être assurés qu'il est un élément crucial de l'intrigue, puisque c'est par l'apprentissage qu'il va inculquer au garçon qu'elle va se construire.
- Chapitre Trois : ce dernier chapitre présenté sur RdF se focalise sur Isaac, un dévot qui de retour après un voyage diplomatique, découvre son abbaye détruite et part à la recherche du responsable avant de rencontrer un érudit, un nain, et un esprit libre. Et comme toujours, il apporte son lot d'incohérences. Ainsi, ce dévot, qui par définition est un religieux, ne prend même pas la peine d'enterrer les morts après avoir cherché en vain des survivants au massacre, ou au moins — et cela est le minimum — prodiguer les derniers sacrements aux victimes, ce qui est tout de même un comble. Ensuite, Isaac embrasse la route de l'aventure, ce qu'il rêvait de faire depuis longtemps, soi-disant "sans but autre que marcher le long d'une route inconnue", "sans plan précis en tête" alors qu'il a tout de même juré de pourchasser Zéhyst et qu'il a tant à faire pour y parvenir. Quant à la rencontre des différents personnages, elle a d'emblée une forte connotation rôlistique : un héros qui se lance à l'aventure et rencontre un érudit, un guerrier, et un roublard avec lesquels il se lie d'amitié sans rien savoir à leurs sujets, dans le simple but de former un groupe d'aventuriers. Néanmoins, j'ai noté une nette amélioration quant au travail réalisé sur la psyché du protagoniste, amélioration qui monte crescendo depuis le chapitre deux, ce qui manquait cruellement lors du prologue et du premier chapitre. Un bon point sur lequel tu devrais baser l'ensemble de ton projet afin de le perfectionner. Ensuite, le fait une fois de plus de lier ce chapitre aux précédents via Zéhyst est une bonne idée, attention toutefois de ne pas ronger la corde.
Pour conclure, ton roman présente de bonnes idées qui sont hélas supplantées par maints clichés et incohérences, un début long et peu immersif, des personnages qui ne s'avèrent construits qu'à mesure de leurs apparitions successives alors que c'est l'inverse qui se produit avec les décors devenant quasi-inexistants lors du troisième chapitre. Quant à l'histoire elle-même, je ne puis en toute franchise juger de sa pertinence après avoir lu si peu, d'autant que chaque partie s'intéresse à un personnage différent dont les destins vont en toute logique s'entrecroiser. Bref, toutes ces fluctuations ne servent pas ton projet qui requiert dans un premier temps d'être homogénéisé.
J'espère que mes impressions te seront utiles.
Cordialement.
Akram. |
|  | | olivier.lusetti Maître des Ombres


Messages: 3430 Date d'inscription: 09/04/2009 Age: 45 Localisation: Perpignan
 | Sujet: Re: Résultat du comité sur le manuscrit Frères de Coeur d'Eladwynn Jeu 23 Déc 2010 - 1:00 | |
| Membre C Bonjour ! Déjà un grand bravo à toi pour avoir terminé un roman. Comme tu le soumets au comité de RdF, voici mon avis qui n’est que le reflet de mon sentiment. Attention, le but du comité est de nous forger une opinion sur un ouvrage que tu trouves abouti et non d’analyser un texte sans une notion de décision et quelque part d’un jugement de valeur. Analyse de ton prologue : De trop nombreuses fautes figurent dans celui-ci, je vais en relever quelques-unes, le but ici, n’étant pas de les lister toutes. | Citation: | | La recherche n’est elle pas plus productive |
| Citation: | | Notre Seigneur réussi à façonner |
| Citation: | | au fond n’était ce pas les moitiés |
| Citation: | | L’Ombre, quand à elle, |
| Citation: | | ils furent dotés d’une force et d’une robustesse supérieure |
| Citation: | | à diriger les clans aux cotés |
| Citation: | | n’ayant prit une apparence autre |
| Citation: | | Voila donc le contexte |
| Citation: | | n’est qu’un prémisse | Etc.
Les répétitions. Deux termes identiques de même famille dans un même voisinage peuvent alourdir le propos. Répéter, peut-être utile pour insister, pour être précis. Mais répéter sans raison peu aussi, donner au lecteur une impression de bégaiement. Nombre de mots dans le texte : 3034 Nombre de répétitions : 315 Pourcentage : 315/3034x100 = 10,38 % Taux maximum : 6 %. Les verbes ternes. Il vaut mieux, employer, des verbes « pleins », porteurs d’un sens propre et précis, plutôt que des verbes « vides » ou « passepartouts », qui sont sentis comme « mous » ou « incolores ». Les verbes ternes (être, avoir, faire) affadissent le texte. Les remplacer donnera plus de couleur à ton texte. Nombre de verbes ternes dans le texte : 364 Nombre de verbes présents : 48 Pourcentage : 48/364x100 = 13.18 % Taux maximum : 10 %.
Déjà, au vu des fautes, du nombre des répétitions et de l’importante présence des verbes ternes, ton écriture demande à être retravaillée, pour une meilleure efficacité. Maintenant pour en terminer avec cette partie de la forme, allons plus loin dans le style. Première remarque, les descriptions manquent énormément et la lacune des belles phrases nous offre un style dépouillé et plat. Ici, le voyage ne peut se faire que sur les mots, il lui faut donc absolument l’appuyer par le côté captivant, immersif, intrigant de l’histoire et de personnages attachants. Deuxième constat : ici, rien de tout cela. La genèse n’est ni éblouissante ni intéressante, alors on s’ennuie. Dès le début de l’ouvrage, on assiste à une pesante litanie d’événements et de puissances façonnées et de créatures engendrées, avec comme paradoxe, de ne pas savoir à quoi ressemble Neogaia. Ce monde est-il formé d’un continent, de plusieurs, d’un chapelet d’îles ? L’eau recouvre-t-elle la plus grande partie de sa surface ? On n’en sait rien, ce qui accentue l’effet désincarné de cet univers. Comme le fait que l’on ignore tout de l’interlocuteur qui nous égrène son discours. Qui parle ou se situe l’action ? À qui est destinée l’information ? Quel support est-il utilisé ? Ensuite, les races sont toutes communes, rien de nouveau sous le soleil. Je te conseille donc d’éviter de commencer ainsi, ou de lire les textes fondateurs de nos civilisations, ayant toute des cosmologies variées, différentes et comportant souvent une beauté naïve et primitive et de t’en inspirer. Je te recommande de Mircea Eliade : Histoire des croyances et des idées religieuses.
Extrait :
| Citation: | | un système hiérarchique basé sur la loi du plus fort, mais aussi sur la crainte des sages. | Assez contradictoire. Extrait :
| Citation: | | de s’élever vers les cieux, les nains parvinrent à fabriquer d’immenses navires volants. | Plutôt paradoxal, après plusieurs lignes à nous les décrire (les nains) régnant dans leurs cités souterraines. Tu parles de navires volants. Je reste dubitatif, si le mot magie est énoncé, alors tout est dit, nous marchons en fantasy, mais comme tu les écris ingénieux, à part de grandes montgolfières je ne vois pas, à moins qu’ils n’aient inventé, le moteur et l’hélice.
Enfin, la genèse d’un monde sans originalité, car maintes fois lus, se termine et commence le roman. Extrait :
| Citation: | L’humain posa le parchemin sur la table et éclata d’un rire moqueur. Son frère se contenta de sourire en secouant la tête. — Avoue qu’il est divertissant de relire de vieux bouts de papier que l’on croyait perdu depuis des éons, lança le premier, une fois sa crise d’hilarité passée. |
Aucune description du lieu ni des personnages. Un parchemin n’est pas un bout de papier. Signification : ◆Peau d’animal, spécialement traitée pour servir de support à l’écriture. Parchemin très fin. Parchemin gratté. •Document écrit sur cette peau. Des vieux parchemins.Tu ouvres ton dialogue sans tiret cadratin. Il y a une faute, tu as oublié le « S. » à « perdu ». Perdus et de vieux bouts doivent être du même genre et du même nombre. Extrait :
| Citation: | — Ne fais pas ta mauvaise tête, petit frère. Tu ne comprends donc plus la plaisanterie ? admonesta Askahn, un sourire désarmant aux lèvres. Que dirais tu d’une partie d’échecs pour me faire pardonner ? Contenant sa mauvaise humeur à grand peine, l’humain acquiesça et fit apparaitre d’un claquement de doigt un second fauteuil de l’autre coté de la table, avant de s’y installer confortablement. Un damier géant couvert de figurines… |
Attention grossière erreur, avec le terme damier : ◆Plateau divisé en cases alternativement blanches et noires sur lesquelles on place les pions du jeu de dames. Le bon mot est échiquier dont voici la signification : ◆Plateau composé de 64 carreaux alternativement noirs et blancs, employé pour jouer aux échecs.Sinon pour les fautes : il manque un « s » à doigt, un accent circonflexe sur le « o » de côté, un tiret pour à grand-peine et à dirais-tu.
Tu n’utilises pas le bon tiret pour ouvrir tes dialogues :
Rappel : En typographie française, y a-t-il une différence d’emploi entre le tiret cadratin et le tiret demi-cadratin ? Rappelons d’abord certains points. La plupart des polices de caractères disposent d’au moins trois signes d’aspect voisin, mais de longueur différente : — trait d’union – tiret demi-cadratin (code Unicode U+2013, en anglais en dash) — tiret cadratin (code Unicode U+2014, en anglais em dash) Le trait d’union est un signe établissant une unité lexicale ou grammaticale entre les éléments qui l’encadrent : un cerf-volant la période 1918-1940 la finale Italie-Brésil Le tiret, quant à lui, qu’il soit d’un cadratin ou d’un demi-cadratin, est un signe de ponctuation qui peut jouer différents rôles, dont voici les principaux. Dans une phrase, une paire de tirets peut encadrer une incise, un élément (mot, proposition, etc.) qui interrompt la continuité de la phrase. Cet alpiniste célèbre est mort — ironie du sort ! — dans un accident de plongée sous-marine. Dans un dialogue, le tiret indique le changement d’interlocuteur : — Qu’est-ce que tu fais ? — Je cherche mon crayon. — Celui que tu as sur l’oreille ? — Eurêka ! Dans une énumération, il peut servir de signe introduisant chaque élément : Une couleur se caractérise par trois paramètres : — la teinte ; — la luminosité ; — la saturation.
Voilà que se termine ton prologue sur une partie d’échec, une analogie avec la vie où se combattent les forces opposées. L’idée est amusante, mais usitée maintes fois. Et j’avoue n’y voir qu’un rapport très lointain avec ce qui précède. Pour ce qui est de ce parchemin que les humains trouvent, je m’interroge sur le fait qu’ils puissent tomber sur l’écrit d’un célestian, vu ce que tu dis sur eux :
Extrait 1 :
| Citation: | | Depuis des siècles maintenant, les celestians se cachent parmi les elfes, les nains et les mahos sans que ces derniers ne se doutent de leur présence. |
Extrait 2 :
| Citation: | Nous sommes les Anciens, les Gardiens des races inférieures. Possédant l’ultime sagesse, nous sommes les observateurs ; nous étudierons, nous surveillerons les événements à venir sans y prendre part, sauf en cas d’extrême urgence, car nous sommes au dessus des batailles des Frères et de leurs représentants terrestres. Qu’ils s’affrontent, qu’ils souffrent, qu’ils meurent, au fond nous n’y pouvons rien, nous n’y changerons rien et nous n’avons donc rien à ressentir à leur égard. Nous sommes au dessus du Bien, nous sommes au dessus du Mal, nous sommes les Celestians. |
Je viens de lire sept pages d’un prologue couché sur le papier d’une manière terne, à l’objet assez ennuyeux, il ne me convient pas et ne me donne pas l’envie de continuer sa découverte. C’est là où le bât blesse. Il faut penser que les maisons d’édition reçoivent des manuscrits anonymes par centaine. Alors ceux qui s'en occupent ouvrent celui au-dessus de la pile sans entrain, sans doute avec une certaine aigreur, ce qui peut se comprendre après plusieurs essais indigestes. Et hélas pour moi, la sauce ne prend pas : — pas de belles phrases, — aucun paragraphe écrit avec un caractère qui montre que l’auteur a sa patte, — pas d’actions immersives, — Aucune problématique captivante. Rien de cela, tout reste fade, dommage pour toi si la suite relève le goût. Comme dans la vie, si tu rencontres une personne, après une journée éreintante de travail, la première impression qu’elle te laissera, fera que tu auras envie ou pas de continuer de pousser la conversation, d'après son degré de séduction. Ici, la séduction est présente, ni dans le mot et encore moins dans son parfum. Amicalement Olivier.
P.-S. J’ai continué malgré cela à lire le premier chapitre, évidemment cela bouge beaucoup avec cet affrontement entre Illanya, Andalarion et le mage noir Zehyst dont l’entrée est cependant très clichée :
Extrait :
| Citation: | | Sa seule présence éteignait les torches et les bougies des lustres sur son passage. |
Voilà qui aurait pu faire un meilleur début d’histoire, ce ne fut pourtant pas ton choix. Néanmoins le combat reste un peu brouillon, les descriptions trop sommaires, même si la faiblesse d’écriture gagne en vigueur dans cette suite. Mais là, on saute du coq à l’âne. Pour moi, ce manque d’homogénéité termine de desservir ton manuscrit. Entre le prologue — avec sa genèse fastidieuse, et sa partie d’échec inutile — et ce premier chapitre ouvrant sur une rixe qui émeut peu, car les protagonistes sont inconnus du lecteur. Chapitre qui semble n’avoir pour vocation que de nous montrer la puissance du « Grand Méchant », qui est comme on s'en doute très fort et sans pitié.
Dernière édition par olivier.lusetti le Jeu 23 Déc 2010 - 2:04, édité 3 fois |
|  | | olivier.lusetti Maître des Ombres


Messages: 3430 Date d'inscription: 09/04/2009 Age: 45 Localisation: Perpignan
 | Sujet: Re: Résultat du comité sur le manuscrit Frères de Coeur d'Eladwynn Jeu 23 Déc 2010 - 1:10 | |
| Membre D Je n'ai pas souhaité poursuivre la soumission du roman "Frères de Cœur" pour les raisons suivantes :
Style Certes, le style a été amélioré depuis la première version mais reste en deçà de mes exigences minimales à cause d'imprécisions encore trop nombreuses, de certains mots sont mal utilisés, et parce que l'écriture n'est pas pensée et enchaîne les phrases sans se préoccuper d'une quelconque harmonie. Bref, ce n'est pas encore au point. Parallèlement, les descriptions ne font preuve d'aucune inspiration. Tu cherches à dire quelque chose, car il faut bien proposer une description de la région, du village, du château, de la forêt, mais tu ne sais pas quoi. Alors tu parles de choses qui n'ont aucun rapport avec le sujet, comme l'activité économique, ou aucun lien avec la suite. Par exemple, l'intérieur de la maison de l'herboriste est présentée comme inquiétante aux yeux d'un enfant de huit ans alors qu'il y va habituellement et ne paraît de toute façon nullement effrayé. Toutefois, je m'attendais à une telle écriture, encore inaboutie, donc je n'ai pas été ni surpris ni déçu, et cela n'a donc pas influé sur ma décision.
Construction, structure Le prologue m'est encore apparu très long, car tout à fait dispensable au propos qui suit. Quand l'aventure commence, les trois quarts sont déjà oubliés. Le lecteur se concentre sur l'histoire qu'il lit présentement et n'a nullement besoin de ces prérequis pour la comprendre. Le second prologue concernant la partie d'échecs sort de nulle part. Il a été rajouté lors de la version 2 mais n'a pas été intégré au cours du récit. Je remarque également que la métaphore de l'échiquier comme image de la vie réelle est mal exploitée : l'utilisation des pièces, et notamment des pions, à travers les incises en italique, ne correspond pas à la façon de mener une partie d'échecs. J'ai noté toutefois que tu t'appliquais à garder un lien en la personne de Zehyst durant ces trois premiers chapitres, évitant ainsi à l'histoire de partir dans toutes les directions.
Vraisemblance et crédibilité de l'histoire C'est le point qui a fait pencher ma décision contre cette soumission plus avant. Il se base sur quatre invraisemblances, quatre tournants où tu t'autorises des facilités avec l'intrigue à peine dissimulés (les "!" indiquent mon degré d'étonnement) : - lors de la vente au marché, le garçon, de huit ans, au lieu d'aider son père qui ainsi le surveillerait, traîne dans la ville seul (!), durant plusieurs heures (!), puis décide de lui-même (! : du fait de l'auteur) d'aller faire une sieste dans le bois (!!!). - ce jeune garçon vit dans un cadre idyllique avec des parents parfaits, gentils, attentionnés à son égard. Un inconnu vient lui expliquer, sans que les parents soient présents (!), qu'il est l'élu de l'Ombre. Le gamin va dans son sens (!), se basant sur des cauchemars récurrents – or qui n'a jamais fait de cauchemars, surtout à cet âge ? – et la scène de massacre dans le bois – mais peut-être était-il possédé, tout simplement, ou a-t-il rêvé. Il s'arrange pour veiller plus tardivement que ses parents, jusqu'à minuit (!), puis sans explication (!), sans qu'il n'éprouve aucune haine envers cette famille parfaite, il rejoint le côté obscur de la Force en tuant tout le monde avec une arme blanche (!!!), personne ne prenant la peine de se défendre contre ce garnement (!), et tout ça parce qu'un type lui a intimé de s'exécuter (!). Imagine que tu aies un fils : crois-tu qu'il te tuera dans ton sommeil parce qu'un inconnu l'en a convaincu ? Non, les enfants de huit ans ne sont pas des psychopathes en puissance. Et, je tiens à le dire, ce meurtre sordide, par sa gratuité et sa facilité, a quelque chose d'obscène. - Isaac, que l'on envoie comme par hasard dans son village natal (!), découvre que sa famille a été massacrée. Alors il chevauche "pendant trois jours en direction d’Onde-étoile, sans plan précis en tête" (!!). On découvrira néanmoins par la suite qu'il a un plan, il cherche l'assassin de sa famille et se rend dans une ville pour obtenir des infos, ce qui est logique après tout. - lors d'une rixe opposant des étrangers à des mahos, combat qui ne tombe pas du tout à point nommé, Isaac les défend et s'en fait des amis (!), constituant ainsi son groupe d'aventuriers (!!). Aucune méfiance de la part de quiconque, aucune résistance à participer à l'aventure, ces étrangers semblaient de toute façon n'attendre qu'un héros pour donner un sens à leur vie.
Originalité Selon moi, il n'y a aucune originalité. J'ai eu l'impression que tu avais pioché à droite à gauche des éléments pour les mélanger sans que le tout soit totalement cohérent. Tu rassembles ainsi les quatre éléments et leurs avatars, le camp de l'ombre et de la lumière, les élus, les nains, les elfes et les humains. Bien entendu, les nains vivent sous terre et les elfes sont des mystiques. Le chapitre d'ouverture s'avère tout aussi convenu. Le grand méchant à la puissance irrésistible qui tue tous les gentils en guise d'introduction, c'est un poncif usé jusqu'à la semelle. J'ai peur cependant que Zehyst, que j'apprécie toutefois pour son sens du ménage, ne devienne par la suite qu'un faire-valoir. Entre un château, la campagne, des villages, une clairière et la forêt, les lieux ne présentent pas grand-chose d'excitant. La carte elle-même ne m'a pas parlé faute d'endroits particuliers propres à éveiller ma curiosité. J'ai cru un instant à une vraie réflexion sur le non-manichéisme entre ombre et lumière, illusion rapidement dissipée par l'assassinat hautement maléfique du garçonnet. L'ombre incarne bien le mal et la lumière le bien. Le cadre idyllique et champêtre du 2ème chapitre soudainement brisé par cette tuerie revisite une énième fois une entrée en matière éculée. De plus, il se révèle totalement invraisemblable à trop s'attacher à l'effet produit par ce violent contraste plutôt qu'à respecter la cohérence des personnages et de leurs actes. Là où je suis tombé des nues, c'est de découvrir la formation laborieusement justifiée du groupe à la fin du chapitre 3. J'ai assisté à la mise en place d'une vraie partie de jeu de rôle avec un futur paladin (guerrier magicien), un magicien, un nain et un voleur. Or ce n'est pas un jeu mais un roman et le maître de jeu n'est pas un écrivain ni un scénariste mais un joueur. En général, l'absence de descriptions, mais également de psychologisation des personnages, conduit à mettre en place une ambiance impersonnelle qui laisse une impression de déjà-vu passe-partout. Et malheureusement, les quelques nouveautés, andaren et mahos par exemple, ne contrebalancent pas mon avis faute d'apporter réellement du poids dans la balance.
Verdict Tu comprendras que, même si je ne suis pas attaché à une originalité débridée, je n'ai pas envie de lire un roman fait d'emprunts, impersonnel, et, a fortiori, incohérent . De plus, tu ne peux réunir des éléments d'horizons divers dans une même œuvre sans créer des incompatibilités. Mais surtout, en seulement trois chapitres, tu te permets beaucoup trop d'arrangements avec la logique de l'intrigue et tu ne recules pas devant un raccourci invraisemblable pour arriver là où tu as décidé.
"
Au plaisir
Sunny Blue |
|  | | olivier.lusetti Maître des Ombres


Messages: 3430 Date d'inscription: 09/04/2009 Age: 45 Localisation: Perpignan
 | Sujet: Re: Résultat du comité sur le manuscrit Frères de Coeur d'Eladwynn Jeu 23 Déc 2010 - 1:14 | |
| Membre E
"Je commence par un court commentaire sur la forme. Tout au long de ton récit, tu opères des retours à la ligne quasi-systématique. Outre le fait que ce soit très désagréable à la lecture, je n’en comprends pas bien le but. Ca augmente les cassures, et la fluidité en pâtit énormément. Dans la même veine, ton texte est truffé d’adverbes modaux. Usés à bon escient, ils éclairent un texte, mais à trop vouloir en mettre, ils l’alourdissent. Ensuite, j’ai du mal à comprendre ta gestion des virgules, qui sont parfois utilisées de manière bien étonnante. Mais le plus gros défaut quant à la forme, ce sont les innombrables fautes qui polluent tes lignes. Ton problème majeur réside dans l’accord de tes verbes : tes participes passés sont au moins une fois sur trois mal accordés, ce sera rédhibitoire devant un comité professionnel. Autre exemple : « aucun » et « chacun » demandent un verbe au singulier, pas au pluriel. Mais je m’arrête là pour la forme, tout cela rend la lecture désagréable, mais une bonne relecture devrait corriger la plupart des fautes.
Passons au fond : Concernant le prologue, dès lors que le narrateur s’interroge, qu’on prend part à ses réflexions, que le récit n’est plus une restitution magistrale, l’intérêt augmente. Malheureusement, ces moments sont trop peu nombreux. Il devrait t’être possible de le reformuler sous la forme d’une véritable réflexion. Pourquoi pas d’un dialogue, d’une enquête entre deux personnages ? Si tu ne l’as pas lu, je te conseille le tout début du tome I de Shannara, de Terry Brooks. Ce livre est inintéressant, mais l’entrée en matière, avec un cours d’histoire, est très réussie, selon moi. Ensuite, quand tu parles de tes quatre races, celle qui est inconnue devrait tout de même avoir un nom. Quelle que soit la nature de ton narrateur, tu le fais réfléchir comme un humain. Or un humain pose un nom sur toute chose, même sur l’inconnu. Enfin, et à mon goût, ce prologue mériterait d’être supprimé pour être distillé au milieu de l’intrigue. Connaitre tous ces faits historiques ne sert à rien au début d’un livre, si ce n’est rebuter le lecteur. Un prologue se doit d’être accrocheur. Or le tien remplit la mission inverse, malgré une histoire de fond non dénuée d’intérêt. Même Tolkien, dont tout le monde reconnait le génie (sans parler du fait d’aimer ou pas ses récits), nous a magistralement barbés avec le début du SdA. Tu n’as pas la réputation de Tolkien, je doute donc qu’une maison d’édition te passe cette erreur. Garde tes idées, très bonnes au demeurant, pour des révélations ultérieures.
Pour ce qui est du reste du texte : Tes combats, tout comme tes descriptions, sont menés d’un point de vue totalement détaché. Pas de sentiments, pas de vision de peur dans les yeux des soldats. Pourtant tu semblais avoir entamé ce travail, en distillant quelques points de vue de Zehyst, mais tout cela reste épars, malheureusement. Tout cela n’invite pas ton lecteur à entrer dans l’histoire, c’est dommage. Tes idées quant au scénario m’ont souvent plu, mais je n’ai pas été conquis à cause du manque de rigueur de ton style, tant sur la forme (orthographe, gestion des virgules, gestion des paragraphes, etc.) que sur le fond (cf tout ce que je viens de dire). Il y a encore un manque de travail évident. Non pas que je doute de ton investissement dans le projet qui est le tien, mais tu dois pousser plus avant ta réflexion : « Quel style dois-je appliquer à mon roman, pour le rendre cohérent, fluide, etc. ? » Et de grâce, je t’implore de corriger, ou de faire corriger, toutes ces fautes bien trop nombreuses.
Tu as des atouts évidents, le principal étant à mon sens l’originalité de tes idées, mais je ne peux me résoudre à voter pour le passage de ton roman dans sa globalité devant le comité. Ton travail ne serait pas en l’état accepté par une maison d’édition, c’est donc dans ton intérêt que je t’invite à le reprendre en détail, à supprimer toutes ces horribles fautes, à rendre ton style cohérent, à créer une véritable immersion dans la psyché de tes personnages. Je t’encourage vivement à continuer, à ne pas abandonner malgré mon commentaire et ma réponse négatifs. Profite de tes points forts, travaille tes points faibles et j’accueillerai à nouveau ton roman avec plaisir pour une seconde évaluation."
Solon |
|  | | olivier.lusetti Maître des Ombres


Messages: 3430 Date d'inscription: 09/04/2009 Age: 45 Localisation: Perpignan
 | Sujet: Re: Résultat du comité sur le manuscrit Frères de Coeur d'Eladwynn Jeu 23 Déc 2010 - 1:17 | |
| Membre F avec avis consultatif
Voici mon avis sur la soumission de "Frères de cœur" d'Eldawyn (à mon petit niveau bien entendu).
Pour commencer, je trouve que le prologue ne tient pas son rôle de mise en bouche... pour tout dire je l'ai trouvé à la fois trop long et... ennuyeux. Il ne donne absolument pas envie de passer à la suite, et d'ailleurs n'ouvre aucune porte, ne pose aucune problématique... bref manque vraiment tous ses objectifs.
Ensuite, je n'ai absolument pas compris ce que le chapitre avec les deux joueurs d'échec faisait entre ce prologue et le début de l'action... qui peuvent être ces deux personnages ? À propos de quel manuscrit se chamaillent-ils ? Quand il y a matière à mystère, j'aime quand même y trouver une certaine logique, un semblant de piste sur lequel poser mes questions, bâtir des hypothèses, bref, y trouver de l'intérêt. Or, là ... un grand rien !
Passé ce chapitre pour l'instant sans intérêt, on saute du coq à l'âne avec l'attaque d'un magicien - là encore, l'auteur ne nous donne aucune clé pour comprendre les raisons de ce conflit, on ne sait même pas où classer ce personnage, son attaque est-elle légitime ? Que fait le couple enfermé dans la salle de réception ? Sont-ils les châtelains, des invités du châtelain ou encore des prisonniers du châtelain ? Pourquoi le magicien leur en veut-il ? Quels sont les enjeux de ce combat à mort ?... là encore, le lecteur repart frustré...
Puis on se retrouve avec l'histoire d'un enfant de huit ans qui a de bien étranges réactions. Le problème c'est que là encore, on ne peut faire aucun lien entre l'attaque du château et cet enfant... de plus la personnalité de ce gamin souffre d'approximations... on n'arrive pas à déterminer si il agit bizarrement parce que l'auteur connaît mal le schéma psychologique d'un gamin de cet âge, ou s'il c'est parce que c'est un gosse pas comme les autres. Si le deuxième cas s'applique, il n'est pas assez explicité.
Après le fond... la forme.
La lecture ne souffre pas de véritables accrocs, mais la structure de certaines phrases demanderait à être travaillée, certaines formulations sont maladroites, d'autres pourraient facilement être meilleures... mais le gros point noir qui saute immédiatement aux yeux, c'est le nombre incroyable de répétitions... on peut facilement retrouver trois ou quatre fois le même mot à quelques lignes d'intervalles.
Je n'ai étudié que les chapitres postés sur le forum... et je m'inquiète fortement pour ceux qui n'ont pas été travaillés dans ce cadre.
Ma conclusion est que la soumission de ce récit au Comité de Rêve de Fantasy est prématurée en l'état actuel des choses. Le premier jet de "Frères de cœur" est sans doute arrivé à son terme, mais pas le travail de relecture-correction-améliorations. Eldawyn a encore du pain sur la planche avant de pouvoir coller l'étiquette "Terminé" sur son projet. |
|  | | olivier.lusetti Maître des Ombres


Messages: 3430 Date d'inscription: 09/04/2009 Age: 45 Localisation: Perpignan
 | Sujet: Re: Résultat du comité sur le manuscrit Frères de Coeur d'Eladwynn Jeu 23 Déc 2010 - 1:21 | |
| Membre G avec avis consultatif (à compléter par la suite). Voici le commentaire entier du fantôme que je suis ces derniers temps. LA FORME Remarque globale : l'orthographe et la grammaire sont là. Le gros souci, ce sont les répétitions, il n'est pas rare de retrouver deux fois le même mot à deux lignes d'intervalle. Le style se laisse lire, mais est trop marqué « premier roman ». Je m'explique : trop de « mais en fait », « bien que je », « même si je », « Même lui », ça ne se met pas en début de phrase ce genre de choses. Enfin, trop de redondances, de maladresses, de lourdeurs. Ça ne fait pas assez abouti. LE FOND Commençons par le prologue. D'emblée, tu tombes dans les pièges à éviter absolument. Tu nous décris presque de A à Z la genèse d'un univers dont le lecteur n'a que faire au début, puisqu'il n'est attaché à aucun personnage. Pour qu'un lecteur s'intéresse à un univers donné il faut d'abord qu'il s'intéresse à un personnage y vivant, pour vouloir en savoir plus. Or ton narrateur est bien trop détaché de son récit, il a une fonction purement narrative sans avoir de caractère bien déterminé, qui lui est propre. Le premier paragraphe est extrêmement redondant, et ce genre de redondance est un problème qui te prend souvent : la première phrase nous donne une indication. La deuxième phrase insiste dessus. La troisième phrase, j'ai envie de dire « c'est bon, on a compris! » juste parce que ça donne vraiment l'impression que l’auteur insiste dessus. Et pour le coup, en me disant ça, je ne me dis pas « oh tiens, voilà la présentation des races ». Et je ne suis pas sûre que ce soit important à ce stade du récit. | Citation: | | "Même votre humble serviteur n'a pas connu la création d'Osmose, notre univers." |
Cette phrase, en plus d'être mal construite (votre/notre, c'est un peu déséquilibré), nous assène encore cette méga importance qu'a eu la création de l'univers.
Le souci c'est que pour l'instant, tu nous présentes des choses comme étant importantes, mais tu ne nous expliques pas en quoi elles sont méga mystiques et importantes. La dimension mystique ne ressort pas.
Ensuite l'histoire de Ohm sortit du néant là, ok. C'est là que je me pose enfin une première question : comment peut-on sortir du néant puisque le néant n'est rien ? (et oui c'est la question que se posent beaucoup de scientifiques). Et là, la réponse que j'obtiens ? « je ne sais quelle force miraculeuse (dans le néant faudra me dire d'où elle vient et ce que ça a voir avec un miracle, attention aux expressions purement parlées)... Mais pourquoi ? Tu es l'auteur, tu as le pouvoir d'inventer ta propre version du big bang, tu es DIEU, alors, profites-en ! Explique des choses, fais rêver le lecteur ! Et commence à nous dire en quoi ça va nous servir de savoir tout ça pour plus tard. Pourquoi tu préfères nous livrer tout ici tout de suite plutôt que de nous laisser le plaisir de le découvrir au fil des pages.
Ça sent le typique premier roman, où l'auteur veut absolument être sûr que les lecteurs saisissent chaque particule d'univers. Il faudra m'expliquer aussi d'où les érudits trouvent une conscience au Néant. Peut-on réellement personnifier ça ? Sont-ils réellement érudits ?
| Citation: | | Est-ce un mal ? Je ne pense pas. La recherche n'est-elle pas plus productive pour l'esprit que la réponse elle-même ? » |
Là tu nous poses enfin une première problématique. Mais elle sonne assez téléphonée, je trouve qu'elle pourrait être plus subtilement formulée. Je note qu'on ne sait toujours pas qui sera le héros de l'histoire, si le narrateur en fait partie intégrante ou s'il narre juste, s'il y a une histoire ou si c'est seulement la genèse d'un univers...
Bon et ce Ohm là, aux pouvoirs si mystérieux, il sert à quoi ? Okay, c'est un Grosbill, on a compris. Il crée le monde, okay. Mais dans l'histoire, à quoi il va servir ? Perso, tant que je ne connais pas le personnage, je me fiche de savoir d'où il vient, je voudrais d'abord savoir, comme dans tout prologue qui se respecte, où on va. De quoi va parler la suite ? Le but d'un prologue est de mettre en bouche, de donner envie de lire la suite, qu'il ait ou non un rapport direct avec le texte ou le premier chapitre. Je pense de manière générale que faire un prologue parlant de la création d'un univers, c'est une mauvaise idée. Je zappe systématiquement ce genre de prologues dans les livres. Je préfère voir toutes ces informations distillées au fil du roman, a des moments où on se posera la question, parce que l'histoire nous aura amenés à nous la poser.
Le problème de ce prologue, c'est qu'il donne des réponses sans qu'il n'y ait de vraies questions, et qu'il ne répond pas aux questions que se pose un lecteur : « Pourquoi j'achèterais ce livre ? Pourquoi est-il bien ? Qu'est-ce que je vais lire ? »
Bon. Voilà ensuite qu'il y a encore deux nouvelles entités, avec elles aussi des pouvoirs inimaginables. Et après ? C'est cool, on a trois Grosbills pour le prix d'un. Mais je trouve ça trop manichéen, trop simplifié, trop déjà vu. Maintenant, ce n’est pas forcément à supprimer de ta genèse, mais à approfondir. C'est bien trop résumé. Ça pourrait faire dix pages avec chacune des lignes. Je retrouve encore le syndrome typique du premier vrai roman qui s'empresse d'en dire le maximum en une phrase.
Ralentis. Prends le temps de dire les choses, de les expliquer. Mais en y rajoutant une atmosphère, en y impliquant le lecteur. En lui faisant ressentir des choses. Une seule de tes phrases pourrait faire un paragraphe complet en étant approfondie — et donnerait peut-être du corps à ton univers trop survolé et simpliste pour le moment.
Bon.
| Citation: | C’est alors que, nous, les Anciens, prospérèrent un temps indéfini dans notre plan, vivant dans un bonheur total en attendant la suite des projets de notre seigneur. Des siècles passèrent ainsi. |
Ton récit a aussi de nombreuses incohérences dues à des phrases mal formulées ou pas assez approfondies, en voici une belle. Si le temps n'est pas défini dans leur plan, comment des siècles peuvent-ils passer ? S'il s'agit de siècles par rapport à nous, ou par rapport à ton « monde des humains », il faut le faire comprendre autrement — mais, cela a-t-il vraiment de l'importance pour un personnage comme ton narrateur qui, visiblement, est né hors du temps, loin du temps, et donc, ne devrait même pas forcément être influencé par le temps ? As-tu vraiment réfléchi à ce que représente le temps ?
| Citation: | | Après maintes réflexions, Ohm décida de créer un monde sur le modèle du notre, c'est-à-dire constitué des quatre puissances élémentaires à parts égales. |
Pourquoi ?
| Citation: | | Mais cette fois, notre seigneur autorisa les jumeaux ennemis à avoir une influence sur le monde nouveau-né. |
Pourquoi ? Pour qu'il se repasse ce qu'il s'est déjà passé autrefois, mais sans son autorisation, sauf que cette fois, il laisserait passer sans enfermer tout le monde dans des plans séparés ?
Et encore une fois : pourquoi tu nous racontes tout ça ? A quoi ça va nous servir de le savoir, à ce moment précis du texte ?
Ensuite, le nom de Neogaia... ça fait un peu kikoo non ? Neo = nouveau, gaia on sait tous ce que ça veut dire... D'ailleurs pour un monde qui t'est propre, pourquoi garder des noms propres à nos légendes (gaia, elfes, nains... ?) Pourquoi ne pas plutôt inventer les tiens, ou au moins, nous décrire ta version ? Pourquoi encore nous resservir des elfes à la Tolkien ? Okay ils ont la classe, mais à part ça ? Pourquoi ?
C’est un peu la question que je me pose à chaque nouveau paragraphe, mais malheureusement pas pour les bonnes raisons. Ce n’est pas un « pourquoi » de curiosité. C'est plus un « pourquoi tu fais ça ? »
| Citation: | | les dragons, les hécatonchires, les sauvages féromentis, les Unicornes, les gracieux Zehons et bien d’autres monstres aussi étonnants les uns que les autres. |
Les hécatonquoi ? Je ne connais que les dragons, et parce que je fais de l'anglais j'arrive à imaginer les unicornes comme des licornes. Mais pour les autres, à part des noms balancés comme ça, ça ne m'évoque rien, n'étant pas un spécialiste de high fantasy. Encore une fois, décris les choses, ou ne les nomme pas. À moins que tu veuilles entretenir un mystère, mais il me semble que là ce n'est pas le cas (et ça n'a pas à l'être, d'ailleurs.)
Pourquoi, encore une fois, les gentils sont-ils beaux et nobles, et les méchants sont-ils laids et bestiaux ?
Après tu nous décris les premiers pas de tes races, mais franchement, ça ne sert à rien. Pourquoi ? Parce que tu fais un copier-collé de tous les grands clichés de la fantasy donjonienne. Ces descriptions sont useless si tu n'innoves pas, et la pire est sûrement celle des elfes et leur Arbre de vie (peut-être parce qu'ayant étudié les courants new Age, j'en ai trop bouffé de l'arbre de vie ... ou alors c'est une overdose d'elfes... Mais bref, passons.)
| Citation: | | Cette quête cruciale consistait donc à maintenir l’Équilibre entre les deux frères et leurs créations, tout en veillant à ce qu’ils ne s’annihilent pas dans leur besoin incessant de s’affronter. |
Enfin une info intéressante. Pourquoi ton prologue n'est-il pas plutôt axé justement sur cette émission qu'a le narrateur ? Pourquoi ne commence-t-il pas par nous parler de lui, de sa mission, pour qu'ensuite on se demande « quels frères, quelles créations ? » et que là, seulement, on ait des réponses (mais sans avoir droit au pavé complet.)
L'ennui de ce prologue c'est que ton personnage est censé être super ancien, pas mal puissant, mais qu'il est trop neutre pour qu'on s'y attache, il ne fait rien, il observe, et n'a même pas d'avis. On sait juste que malgré sa sagesse, il ne sait pas grand-chose (à chaque fois il ignore par quelle force miraculeuse, par quel ceci ou par quel cela... on finit par se dire qu'au fond il ne sert à rien.)
| Citation: | Il est pourtant inconcevable que l’Ombre arrive ainsi à masquer tout un peuple de sa création à l’Être Supérieur que je suis. Mais au fond, qu’importe, je suis bien au dessus des manigances de l’Ombre et de ses sbires pathétiques.
|
Incohérence. S'il était bien au-dessus de ces manigances comme il dit, il ne trouverait pas ça inconcevable. Et il nous dit qu'il est supérieur, mais depuis le début du prologue il nous dit à chaque fois qu'il ne sait rien, du coup, on ne la sent pas beaucoup sa supériorité. Tu devrais peut-être songer à commencer à lui booster son charisme à ton gusse.
| Citation: | | Pour une raison connue de lui seul, le Seigneur Ohm créa une dernière race : les Humains. |
42.
| Citation: | | même si les peuples se déchirent, et que les deux jumeaux divins continuent de s’affronter à travers eux, cela n’a aucune importance pour nous. |
Mais alors cher narrateur, pourquoi....POURQUOI nous as-tu raconté tout ça ??? Si ça n'a aucune importance pour toi, POURQUOI t'attardes-tu dessus ? Ose quoi...
| Citation: | | Nous sommes les Anciens, les Gardiens des races inférieures. |
Comment dire ? Contradiction. S'ils sont gardiens de ces races, il ne peut pas dire juste avant que tout ça n'a pas d'importance pour lui, vu que du coup, c'est un peu sa raison de vivre....
On en arrive à la découverte que c’est un parchemin. Je pense que tu aurais dû le signaler au début par une ouverture de guillemets, et le finir de la même façon, pour qu'on voie la différence. L'idée de la fin est plutôt bonne, mais j'espère pour toi que ce ne sont pas que deux humains normaux et que leur partie d'échec n'est pas qu'une métaphore, mais qu'elle a réellement une signification, sinon on retombe dans le cliché. Enfin, cette dernière partie est plus intéressante, même si je me dis un peu « tout ça pour ça »... Sauf que cette dernière partie ne peut fonctionner que si elle est déjà liée à une intrigue extrêmement poussée et des éléments extrêmement réfléchis, profonds, intelligents et psychologiques.
Bref selon moi les éléments contenus dans ton prologue ne sont pas mauvais, mais gagneraient à être distillés au fil du roman plutôt que balancés d'un pavé comme ça avant même de nous introduire un (vrai) personnage. Le prologue en lui-même est mal construit, et pas assez intéressant. La fin du prologue donne envie de lire la suite, le souci c'est que le début ne donne pas envie de continuer après les trente premières lignes. Et encore, parce que j'étais d'humeur zombie.
Mais pour l'instant, je ne sais toujours pas de quoi va parler ton roman. Le prologue a un gout de « à suivre », mais l'ennui c'est qu'on ne sait pas sur quoi on va suivre, donc, ça peut très bien s'arrêter là. ON éteint la télé et on oublie de la rallumer le lendemain pour voir la suite. Tant pis.
En tout cas, on sent la volonté de fouiller un univers et ça, c'est bien. Tu as donné à ton univers un corps. Donne-lui maintenant une âme.Passons maintenant au premier chapitre. Déjà on commence par une entrée en matière d'un personnage qui, au vu de la description, est censé dégager une certaine présence et donc, sans doute charismatique. Dans ce cas, je pense que l'adjectif « maladif » qui est dépréciant, est à éviter. Mais avant ça, déjà des tournures de phrases maladroites : | Citation: | | Le silence pesant n’était brisé que par le bruit sonore de ses pas et par les éclairs qui zébraient régulièrement le ciel nocturne. |
Si le silence est brisé, ce n'est plus un silence. Ensuite « bruit sonore » je fais partie de ceux qui pensent que ça ne se disent pas. Un bruit est une production de son, donc est forcément sonore. Puisque l'opposition de sonore c'est silencieux. Ensuite les éclairs ne font pas de bruit. C'est le Tonnerre qui fait du bruit. Ensuite, si l'on est dans un couloir, à moins que tu précises qu'il y ait des fenêtres on ne le voit pas, le ciel zébré d'éclairs. Dans la phrase suivante, tu as deux fois « recouvrait ».
Ensuite je trouve que « résignation » et « fol espoir » ne vont pas ensemble. Soit ils sont résignés soit ils ont encore des espoirs, mais pas les deux simultanément. Ils peuvent paraître résignés tout en gardant au fond d'eux l'espoir d'un miracle qui les sauverait, mais dans ce cas, tu dois l'expliciter, car comme tu l'as écrit, on comprend fol espoir comme synonyme de résignation.
Tu dis que les victimes de Zehyst l'attendent, puisqu'elles préparent sa venue « de leur mieux ». C'est à dire ? Elles s'arment pour le contrer ? Lui préparent des offrandes pour l'apaiser ? Des trésors pour le soudoyer ? Tu gagnerais à décrire tout ça, car pour l'instant on a des actes, mais aucune véritable ambiance. On se trouve dans un silence pesant, fais le ressentir au lecteur. Le temps est suspendu, fais monter et décris l'angoisse des futures victimes, leurs efforts désespérés pour se protéger une ultime fois, jusqu'à la rencontre de Zehyst avec ses victimes. Fais-nous sentir la présence de Zehyst, ce qu'il dégage. Il est puissant, il est dark, fais le sentir, non pas dans la description, mais dans ses actions. Dans les mots que tu choisis pour décrire ses paroles (moi personnellement, mais ce n'est que mon avis je trouve que « pesta » ça fait un peu sale gosse râleur, loin du grand méchant lord qui se sent contrarié un petit instant).
Ton personnage pourrait être classe tout est dans l'attitude. Après chacun a sa vision de la classe, alors pose toi la question suivante : « Quelle est l'image que je veux donner de lui ? ». Qu'il est un mage super puissant ou qu'il a une présence à faire tomber les mouches ? C'est quoi le plus important ? Moi je pense que tu dois te focaliser sur sa psychologie et ce qu'il dégage avant de nous dire que c'est un sorcier, qui n'est, au fond, qu'un détail pour le moment. C'est bien de nous en donner une image physique, mais je trouve que son attitude ne fait pas écho à son comportement. Enfin pour l'instant ce qu'il dégage ne me ferait pas m'éteindre si j'étais une torche.
| Citation: | | Les protections magiques entourant le château montraient bien la puissance de ses résidents |
e Le problème de ce passage c'est que tu nous parles de quelque chose qui illustre la puissance de quelqu'un, sauf qu'on n'a aucune idée de cette puissance. Tu aurais pu les décrire avant, quand tu parlais de leur organisation de la venue de Zehyst, expliquer leurs forces, etc. Parce que là on se doute qu'ils sont puissants, mais ce n’est pas précis, c'est vague on n'a pas de référentiel pour cette puissance. Est-ce que ce sont les plus puissants du monde ? Ou sont-ils juste puissants par rapport à leur royaume ? Ou sont-ils justes puissants par rapport à d'autres mages, ou par rapport à des dragons ? etc...
Ce passage reflète bien ce que je reproche à ton texte, et que je t'ai déjà dit : tu vas trop vite. Prends le temps de décrire les choses, de poser les décors, les ambiances, ne te contente pas des actions ou du visuel. Quelqu'un m'a dit un jour « utilise les cinq sens ». Tiens compte de l'odeur, de la température, du goût, du toucher, de la vue, de l'ouïe... Le plus important n'est pas ce que le lecteur voit. Mais ce que le lecteur ressent. Tu ne l'immerges pas assez, car pour immerger un lecteur, ce lecteur a besoin de bases sur lesquelles se reposer.
| Citation: | | Ayant organisé une double diversion en envoyant une armée de clones de sang d’un coté du château et une légion d’ombres humanoïdes de l’autre, |
Bon, je suis rôliste, donc je connais ce genre de truc. Mais je me mets à la place du néophyte qui connait des bouquins comme la Belgariade ou le seigneur des anneaux sans n’avoir jamais ouvert un bouquin de donj' ou autre jdr de sa vie. Tu nommes des sorts sans les décrire. C'est quoi un clone de sang ? C'est un vrai clone doté de pensée ou bien c'est juste une copie physique obéissant à la pensée de son créateur ? C'est conscient ? C'est un zombie ? C'est tout rouge ? C'est une simple image, ou c'est bien un volume ? C'est matériel ? Immatériel ? Ressemblant ? Glauque ? Les ombres sont solides ? Ce sont de vraies ombres ou bien c'est un nom pour catégoriser des démons moches ? (oui parce que l'armée des ombres c'est souvent des démons plus que de vraies ombres).
On apprend ensuite que les andarens ne sont que deux. Ok. Moi je m'attendais à en voir une vingtaine, vu ce que tu avais posé comme annonce. Bon. Ils ont intérêt d'être à la hauteur, sinon ça ferait un peu du « tout ça pour ça ». Tu dis ensuite que les deux Andarens avaient perçu la venue du sorcier et réagi en conséquence... C'est à dire ? En se résignant tout en espérant un miracle ? (ce qui revient à accepter la fatalité tout en priant pour un coup de bol).
| Citation: | Il repensa à cette soirée brumeuse durant laquelle l’enfant de l’Eau lui avait échappé huit ans auparavant, grâce à l’intervention inopinée du Dévot Ganon, de Gabrielle et des deux andarens propriétaires du château. |
Développe en nous disant au moins pourquoi il le voulait. Après tu n'es pas obligé de nous présenter Ganon et Gabrielle pour le moment, mais si tu les nommes il faudra nous les présenter plus tard. (Je commente linéairement pour que tu aies une idée de ce que peut penser un lecteur qui découvre le texte en temps réel.)
Tiens d'ailleurs, c'est quoi un Andaren ? Fais attention. Tu nous dis d'abord qu'il est dans un château andaren. Ensuite tu nous dis qu'ils sont deux propriétaires, mais moi du coup j'avais compris qu'il n'y avait que deux andarens dans le château. C'était donc mal formulé. Car quand tu dis « les deux andaren avaient perçu... » ce « les deux » cible quelqu'un, et donc un nom, et donc ici andaren, comme s'il n'y en avait que deux. Répétition d'émerger ensuite. Par contre je ne comprends pas pourquoi il croise six gardes ici s'ils sont censés avoir été tous occupés par sa double diversion. Soit tu précises qu'ils en reviennent soit tu expliques qu'ils sont d'un détachement dont Zehyst ignorait l'existence. Tu ne dois pas hésiter à donner au lecteur des informations que ton personnage ignore. Il faut que la narration soit objective pour pouvoir immerger le lecteur et le familiariser avec le personnage en comprenant comment le personnage agit par rapport à ce que ferait le lecteur. Pour en revenir aux gardes, ensuite, ils ont l'air de se promener par hasard dans le château et d'être surpris d'apercevoir Zehyst. Or, si le château a été attaqué par une armée d'ombres et une autre de clones de sang, ils devraient être en état d'alerte, et donc, au taquet. Là on dirait juste un groupe de gardes qui se laisse surprendre. Et on ne sait toujours pas c'est quoi un andaren. Ensuite les gardes ne se doutent pas de sa vraie puissance, mais ils sont juste en face du mec qui a lâché des armées sur leurs collègues... Je trouve que le combat est beaucoup trop rapide parce que tu essaies de caser un maximum d'actions dans un minimum de phrases. Encore une fois, prends le temps de poser les choses. Ton combat est une action qui devrait présenter une certaine tension. Tu dois lui créer un rythme, un nerf. Sinon on se retrouve avec une suite de descriptions d'actions les unes derrière les autres, et on s'ennuie, parce qu'une fois de plus, on voit les choses sans être immergés dedans. Comme un film sans son.
« machin fait ça et truc réplique comme ça puis machin l'enchaine avec ça. » Tu vois ce que je veux dire ? Ensuite tes andarens fuyards là, pas très loyaux comme garde. Mais à part qu'ils sont terrifiés, rentre un peu plus dans leur traumatisme, fais sentir cette terreur au lecteur.
| Citation: | Sans se soucier des fuyards, le sorcier continua inexorablement sa route tel un avatar de la mort. |
Et là je me demande, si dans le scénario, ce combat sert à quelque chose ? J'imagine que le but était de faire ressentir au lecteur un certain suspense, une certaine tension. Mais vu que ce challenge n'est pas réussi, du coup il passe juste pour une simple péripétie retardant l'événement intéressant. Fais attention avec ça sinon tu risques de te retrouver dans un typique « porte/monstre/trésor » (qui peut être bien quand il est assumé, mais ce n'est pas vraiment le but de ce roman, je pense). Les embûches doivent avoir un sens. Donne aux gardes une raison d'être là. Les tables de rencontre aléatoire, ça marche dans un donjon entre potes, pas dans un bouquin.
Bon ensuite on a enfin un vague aperçu de ce qu'est un clone de sang, mais selon moi tu aurais dû le préciser a leur première mention.
| Citation: | | Insensible à l’odeur insoutenable |
S'il est insensible à l'odeur, elle ne peut pas être insoutenable. Ou alors, précise pour qui l'odeur serait insoutenable. C'est toujours insoutenable vis-à-vis de quelque chose. C'est un autre de tes problèmes. Souvent tu décris des choses qui sont de telle ou telle manière, mais tu ne poses jamais de référentiel, de « par rapport à quoi. » C’est le genre de problème qui selon moi, encore une fois, se règle facilement quand on prend le temps de poser les choses.
Bon ensuite on a une succession de pièges à la : « Indiana Jones », et là arrive enfin une bonne surprise, le coup des boules de lumière. C'est bien trouvé, bravo. Et je pense que tu devrais insister davantage sur les ressentis de Zehyst à ce moment-là. Autant sur ce qu'il en pense que sur sa douleur, ce que ça lui fait d'avoir mal (ça ne doit pas lui arriver souvent, ou alors si ? Ça lui rappelle quand il était gamin et se faisait battre par ses parents ? Ça lui rappelle la peur panique de voir couler son propre sang ? Ça le fait « boguer » parce qu'il n'arrive pas à concevoir qu'il se laisse surprendre ? Ou au contraire ça l'amuse [on dirait que c'est le cas] parce qu'enfin il peut trouver un défi à sa hauteur, qui brise cet ennui profond dans lequel il semblait plonger depuis le début, en mode blasé ?) Je trouve que c'est un passage vraiment intéressant qui gagnerait à être développé, sur le plan psychologique comme descriptif. C'est un passage qu'il ne faut pas sous-estimer parce que pour la première fois Zehyst qui pour l'instant se pose comme le personnage principal se laisse surprendre. C'est dans l'adversité qu'un personnage devient intéressant, lorsqu'il est confronté à ses échecs, ses faiblesses, etc. Alors, profites-en, car c'est ce genre de passage qui peut empêcher ton perso supérieursupergrosbillsupercharismatique d'être juste un gros bill action man ken superpuissant et qui, au contraire, peut lui donner une âme (ou montrer à quel point il l'a perdue.)
| Citation: | | seul contact avec la corruption de son bouclier intangible |
intangible = no contact possible. Là je mettrais plutôt imperceptible, ou immatériel. Mais intangible ne peut pas offrir le moindre contact avec quoi que ce soit, puisqu'il n'est justement pas tangible. Bref je vois ce que tu veux dire (merci donj'), mais c'est maladroit. Tu as ce réflexe qu'ont beaucoup de jeunes auteurs de toujours nommer les sorts alors que ce qui compte, c'est leurs effets. Ce qu'on en perçoit, ce qu'on en ressent. Nommer un sort c'est bien, mais fais très attention à ne pas tomber dans une narration rôlistique du genre « bon ben je l'attaque avec un bannissement de l'ombre niveau 3 puis je m'esquive sur un disque flottant de tenser »). Dans un roman, le lecteur attend une belle description de ce qu'il voit et de la raison de ce qu'il voit. Les noms, ça sert juste à classer les sorts dans un beau grimoire ou à en parler à ses potes.
| Citation: | Le regard terne du sorcier tomba alors brièvement sur sa main toujours tendue. La ramenant lentement vers lui, le sorcier détailla quelques instants les ombres mouvantes recouvrant sa peau. Réprimant un soupir, Zehyst ferma brusquement le poing et pénétra d’un pas décidé dans la pièce dans laquelle l’attendaient ses proies. |
Là on se dit « tiens y a anguille sous roche ». Et je me dis « serait-il possible qu'il soit maudit ? » Ca donne l'impression que le sorcier a une contrepartie bien sombre en échange de toute sa puissance ou je ne sais quoi, mais qu'il se traine une jolie casserole, je trouve que c'est ce genre de passage qui le rend intéressant. Les faiblesses d'un personnage. Ce passage est bien. Il est intéressant. On sent un peu Zehyst qui laisse s'égarer ses pensées. Tout n'a pas l'air de tellement lui réussir. Et que sont ces ombres ? Au final ne seraient-ce pas plutôt elles qui le contrôlent lui ? Ça crée un mystère qu'on a envie de découvrir. Une première raison (enfin!) de s'attacher au personnage et de vouloir connaître la suite de son histoire. ca a mis le temps... mais ça commence doucement.
| Citation: | | Formant un carré d’une soixantaine de mètres |
Soixante mètres de côté (donc 3600 mètres carrés) ou soixante mètres carrés ? Précise. (Même si j'imagine que c'est la première solution.)Bon je passe la description des deux gusses(que selon moi ça ne sert à rien de nommer à ce moment-là, mais ce n'est que mon avis)...d'ailleurs, je croyais qu'on trouverait là deux andarens, alors pourquoi une elfe ?
| Citation: | | Et bien, quel accueil glacial, les apostropha Zehyst, |
Il s'attendait à quoi ? À un calin ? Le sarcasme est mal rendu ici. Pour qu'il ressorte mieux tu devrais faire preuve d'ironie et donc, remplacer glacial par chaleureux. Par exemple, « Et bien, quel accueil chaleureux, railla Zehyst. »
Ensuite nouveau combat, même problème : on a un enchaînement d'actions purement visuelles, et un Zehyst qui s'en prend plein la gueule, mais qui n'en éprouve aucune émotion. Tu peux faire un personnage insensible hein, mais dans ce cas, tu dois, là où tu décrirais ce qu'il ressent, décrire pourquoi il ne le ressent pas (mais il s'en foutait, il en avait déjà trop vu, ou « il ne sentait plus la douleur depuis des années » ou « il avait entraîné son corps à résister " etc.) sinon on a juste l'impression d'un personnage fade, vide, sans consistance et sans psychologie.
| Citation: | Invisible et silencieux, l’homme borgne observait le combat, un air désapprobateur plaqué sur ses traits durs.
|
C'est qui l'homme borgne ? « un » homme borgne serait plus approprié puisqu'on n'a jamais entendu parler de lui avant (et Zehyst ne l'aurait pas senti en scrutant les auras ? Ou alors c'esr un allié ? mais dans ce cas comment est-il entré dans le château ?)
La fin de ce chapitre devient enfin intéressante. Enfin, tu nous fais ressentir des choses, on sort de l'action pour tomber dans l'émotion. Bon, sur la forme il faut retravailler ce passage, car tu as de trop nombreuses répétitions, et des constructions parfois maladroites, mais là, tu touches un bon bout. Inspire-toi de ce passage là pour réécrire les autres. D'ailleurs à la fin, Zehyst est limite touchante. Bravo pour ce dernier passage. Là pour le coup c'est la forme qui pêche bien plus que le fond.
Tu as ici su donner, l'espace de quelques lignes, une âme à ton histoire et tes personnages. La détresse d'Illanya presque palpable, l'indifférence de Zehyst non pas parce que c'est une coquille vide, mais parce qu'il en a gros sur la patate... C'est dommage qu'il ait fallu attendre si longtemps pour avoir enfin un petit ressenti... et que malheureusement on ne retrouve que trop peu dans la suite.
Dernière édition par olivier.lusetti le Dim 26 Déc 2010 - 14:54, édité 1 fois |
|  | | olivier.lusetti Maître des Ombres


Messages: 3430 Date d'inscription: 09/04/2009 Age: 45 Localisation: Perpignan
 | Sujet: Re: Résultat du comité sur le manuscrit Frères de Coeur d'Eladwynn Jeu 23 Déc 2010 - 1:22 | |
| Prologue : Neogaia
La seule vraie loi imposée lors de la création de notre univers est que toute chose a un commencement et une fin. Ceci est parfaitement immuable. Chaque créature, chaque élément, vivant ou pas, est soumis a cette règle : les hommes, les elfes, les mahos, les fleurs, les étoiles, les sentiments… Néanmoins, il existe une exception certaine à cette loi. On les appelle les Uns, les Premiers, les Anciens, les Éternels ou, par leur nom d’origine, les Celestians. Peu nombreux sont ceux qui ont connaissance de leur existence tant elle fut gardée secrète depuis les premiers âges de notre monde.
Même votre humble serviteur n’a pas connu la création d’Osmose, notre univers. D’après mes déductions, le seigneur Ohm lui-même fut créé par je ne sais quelle force miraculeuse, dans un espace infini et méconnu que nous pourrions appeler le Néant. Il semblerait que rapidement Ohm prit conscience de son individualité et se différencia du vide. Certains érudits prétendent que ce fut le Néant qui façonna notre seigneur en toute conscience ; dans quel but ? Nul ne le sait, mais nous serons, sur ce sujet, éternellement soumis aux hypothèses et non aux faits avérés. Est-ce un mal ? Je ne pense pas. La recherche n’est elle pas plus productive pour l’esprit que la réponse elle-même ?
Au cours de la prise de conscience de son existence propre, Le Seigneur Ohm décida de modeler un univers sur lequel il aurait tout pouvoir, et qui lui permettrait de rompre avec sa solitude. Grâce à ses pouvoirs mystérieux, Ohm fit émerger du vide un espace qu’il s’appropria, composé de quatre puissances élémentaires tirées du Néant lui-même. Notre Seigneur réussi à façonner ce domaine et créa une frontière infranchissable qui diviserait, pour l’éternité, notre Univers et le vide infini. Il scinda cet espace, nouvellement fondé, en plans dimensionnels distincts mais liés. Ceci fait, Ohm décida de baser son univers sur une notion essentielle : l’équilibre. Il créa tout d’abord deux plans totalement opposés : un domaine de lumière et un espace d’ombre, résultat de la division symbolique de sa propre essence.
Néanmoins, ce que notre seigneur, dans son infinie sagesse, n’avait pas prévu, c’est que la réunion de tant d’énergie de même nature dans un espace désormais confiné eut pour résultat la création de deux entités pensantes, jumelles, mais totalement opposées. Dotés d’une vie et d’une conscience propre, ainsi que de pouvoirs inimaginables, ces esprits modelèrent les deux mondes à leur image, sans qu’Ohm n’intervienne directement ; au fond n’était ce pas les moitiés de son essence divine qui agissaient à sa place ? Les érudits appellent communément ces deux entités par bien des noms, mais le titre qui me semble le plus approprié me semble être « les Jumeaux Divins ».
Peu de temps plus tard vint la création d’un troisième plan au sein duquel les quatre puissances élémentaires primaires allaient pouvoir cohabiter. Néanmoins, pour une raison que lui seul connaît, le Seigneur Ohm interdit l’accès de ce monde aux jumeaux divins. Les quatre éléments redoublèrent d’efforts pour s’imposer aux autres. Ainsi furent créé les montagnes, les ruisseaux et les lacs, les tempêtes et les nuages, et le feu qui pouvait surgir de n’importe quel endroit. Mais, comme Ohm s’en rendit vite compte, une véritable guerre naquit entre les éléments à force de vouloir redoubler de présence et de désirer saper les domaines acquis par leurs rivaux.
Notre seigneur n’eut donc pas le choix.
Il envoya la grande majorité des éléments, ainsi que les avatars de leurs esprits, dans des espaces dimensionnels séparés pour éviter la destruction du nouveau plan. Mais un événement totalement inattendu se produisit, même si au jour d’aujourd’hui cela ne m’étonne guère en vérité. Les deux esprits universels, les jumeaux Divins, se mirent à courtiser les puissances élémentaires pour en faire des alliés et gagner en influence, au détriment de l’Équilibre. Après maintes négociations et batailles, dont je ne connais que l’existence mais non les détails, un semblant d’ordre s’installa tout en renforçant de plus belle l’Équilibre instauré par notre seigneur. Ainsi le Feu et la Terre se rallièrent à l’Ombre, alors que l’Air et l’Eau décidèrent de s’allier avec l’esprit de la Lumière.
Se tournant de nouveau vers le plan central, devenu calme et inhabité, Ohm créa une espèce toute particulière, la première qu’il réaliserait en intégralité et de façon consciente. Ainsi, Ohm me créa pour le servir et pour devenir son représentant dans l’univers qu’il avait crée. Puis, une fois qu’il m’eut éveillé à la vie, il réalisa au gré de son infinie imagination d’autres créatures dotées d’une immense compréhension du monde qui les entouraient et d’une totale loyauté envers leur créateur et, de par le fait, à ma propre personne. A l’origine, je fus la seule entité humanoïde, tous les autres Anciens étant formé d’un halo de lumière et se mouvant telles des brumes colorées. Je devins donc leur Roi, pour utiliser un terme approximatif du langage humain. La pensée, jusqu’alors uniquement détenue par les puissances primaires (la Lumière, l’Ombre et les éléments) devint alors un acquis, que nous dirons universel. C’est alors que, nous, les Anciens, prospérèrent un temps indéfini dans notre plan, vivant dans un bonheur total en attendant la suite des projets de notre seigneur. Des siècles passèrent ainsi. Après maintes réflexions, Ohm décida de créer un monde sur le modèle du notre, c'est-à-dire constitué des quatre puissances élémentaires à parts égales. Mais cette fois, notre seigneur autorisa les jumeaux ennemis à avoir une influence sur le monde nouveau-né. Il fut décider que ce jeune monde se nommerait Neogaia.
Dès la création de Neogaia, les Jumeaux Divins demandèrent à notre seigneur l’autorisation de créer quatre races qui les représenteraient au mieux.
Ainsi l’Esprit de la Lumière fut à l’origine de la naissance de deux peuples opposés, mais parfaitement complémentaires : les fiers Nains, courageux, travailleurs, imaginatifs, fiables en toutes circonstances, et les nobles elfes dotés de consciences pacifistes et pures d’une sagesse remarquable. L’Ombre, quand à elle, créa les sauvages mahos aux visages craquelés, vils, bestiaux, avides de sang et de batailles et une autre race mystérieuse dont je n’ai réussi à obtenir aucune information, malgré des siècles de recherche. Si, comme le veut l’Équilibre, ce peuple est complémentaire à celui des mahos, alors leur finesse et leur rouerie doivent être hors du commun, comme le prouve le fait que même moi je ne sache rien à leur sujet. Il est probable que l’Ombre fasse resurgir cette race au moment opportun, et ce jour sera, c’est certain, funeste pour la Lumière et ses défenseurs.
Ainsi, les peuples nouvellement crées furent repartis avec équité sur leur planète, et certains d’entre eux obtinrent la faculté, grâce à leur volonté, de puiser dans les plans élémentaires et de se servir ainsi d’un nouveau pouvoir communément appeler « magie ». Mais même cette acquisition de pouvoir par certains membres de leur création ne suffit pas aux Jumeaux Divins. Dans le souci d’accroître leur influence, ils décidèrent de donner la vie à de nouvelles entités liées à leurs plans respectifs : les dragons, les hécatonchires, les sauvages féromentis, les Unicornes, les gracieux Zehons et bien d’autres monstres aussi étonnants les uns que les autres. Au fil des siècles qui suivirent, les différents peuples colonisèrent, chacun à leur façon, la majeure partie de Neogaia.
Les mahos bâtirent de modestes villages, constitués de cahutes en matériaux périssables, sur toutes les plaines qu’ils arrivaient à s’accaparer. Au fil du temps, ces hameaux devinrent de véritables rassemblements d’individus pouvant couvrir de vastes zones. Affligés de corps difformes mais musculeux et de visages boursouflés et craquelés, les mahos furent dès leur création le reflet même de la bestialité. Mais malgré ces tares physiques, ils furent dotés d’une force et d’une robustesse supérieure aux représentants des races de la lumière. Certains d’entre eux firent même preuve d’une sagacité et d’une ruse malveillante remarquable au fil des ans. Néanmoins, ces individus restèrent des cas à part. Belliqueux et égocentriques, les mahos établirent un système hiérarchique basé sur la loi du plus fort mais aussi sur la crainte des sages. Au vu de l’espérance de vie réduite de cette race, les individus capables de survivre suffisamment longtemps obtinrent un respect reconnu par l’ensemble de la communauté. Peu sensibles à la méditation et la concentration, ce peuple sauvage parvint à apprivoiser les forces élémentaires par des catalyseurs tels le chant ou la frénésie collective. Les plus éminents utilisateurs de ces moyens détournés d’utilisation de la magie furent surnommés « chamaniste ».Ces guides se mirent rapidement à diriger les clans aux cotés des chefs de guerre. Ainsi la terre de Neogaia se gorgea fréquemment du sang des mahos et de leurs malheureux adversaires au fil du temps.
A l’inverse, les nains fondèrent de magnifiques cités sous les montagnes et dans les tunnels constituant la majeure partie du sous sol de Neogaia. Leur maîtrise des techniques de construction avec le roc, et l’ingéniosité des protections de leurs cités forcèrent l’admiration. Ainsi, les ingénieux nains adaptèrent à leurs besoins le vaste sous sol de Neogaia et créèrent une série de cités, trésors de beautés simples et inexpugnables, écrins du joyau qu’est leur capitale Kaz’Azgar ou en langage commun « Honneur éternel ». A ce jour, aucun ennemi de ce peuple n’a jamais réussi à pénétrer dans l’une de ces forteresses. Mais le peuple du roc ne s’arrêta pas en si bon chemin. Avides de découvertes et d’aventures, certains nains partirent explorer la surface et établirent de nombreuses cités reliées à celles des profondeurs. Petits et trapus mais dévorés d’une soif obsessionnelle de s’élever vers les cieux, les nains parvinrent à fabriquer d’immenses navires volants. Ainsi leurs yeux teintés d’ocre se posèrent sur maintes merveilles et lieux inexplorés, régalant leurs esprits fertiles et parfois même enfantins des beautés simples offertes par Neogaia.
Enfin, le peuple elfe fut celui qui, je l’admets volontiers, m’impressionna le plus lors des premiers âges. Cette race paisible décida de s’implanter au cœur d’un continent éloigné des autres pour y vivre en toute quiétude sans influence extérieure. Fins, élancés, les membres de cette race pacifiste s’élancèrent dans les plaines de leur nouvelle terre, la pâle lumière de la lune se reflétant sur leurs visages blafards et leur peau diaphane. Rapidement, les elfes parvinrent à faire pousser un arbre unique, immense tant par sa taille que par la vie qu’ils lui conférèrent. De tous les bords du continent, on pouvait en apercevoir le sommet en levant simplement le regard. Ils l’appelèrent l’Arbre de Vie. Ce dernier était en fait un pont matériel avec le plan de la Lumière et Neogaia, ce qui donnait un avantage certain aux elfes mais également aux nains dans l’utilisation des pouvoirs tirés du plan Bénéfique. Certains elfes décidèrent de bâtir une véritable cité souterraine nommée « Ashol’Nearihm, le joyau caché » basée autour des racines de l’Arbre. Ceci fait, ils firent appel à la puissance du plan de la Lumière et obtinrent une peau couleur ébène dans le but de se différencier de leurs pairs et d'honorer leur nouvel habitat. Ces gardiens prirent le nom de Nehadarens. Leurs frères blancs fondèrent en retour une ville grandiose autour du tronc de l’arbre, qu’ils baptisèrent « Ahena’Heliosin, la Cité du soleil éternel », un havre de beauté constitué de tours blanches montant jusqu’au ciel et de palais en pierres précieuses. En écho à leurs frères gardiens, les elfes de la surface prirent le nom d'Andarens. Les rois et reines de ces fratries prirent rapidement l’habitude de se réunir lors de chaque pleine lune. Ainsi les cérémonies fréquentes en l’honneur de la nature devinrent un moyen idéal de réunion pour la totalité du peuple elfe.
Après tant de changements, le moment était enfin venu pour mon peuple d’effectuer sa mission pour notre divin créateur. Notre Seigneur modifia l’apparence de chacun d’entre nous, et nous confia la mission de nous fondre dans les peuples nouvellement crées par les Jumeaux Divins. Ainsi, la moitié de notre peuple partit pour Neogaia pendant que les autres restèrent dans notre plan, attendant la suite des événements et les directives de notre Seigneur. Voila donc le contexte du commencement de notre mission sacrée, notre raison de vivre. Cette quête cruciale consistait donc à maintenir l’Équilibre entre les deux frères et leurs créations, tout en veillant à ce qu’ils ne s’annihilent pas dans leur besoin incessant de s’affronter. Depuis des siècles maintenant, les celestians se cachent parmi les elfes, les nains et les mahos sans que ces derniers ne se doutent de leur présence. Une fois de plus, la quatrième race reste un mystère, aucun Premiers n’ayant prit une apparence autre que celle d’un peuple précédemment énoncé. Il est pourtant inconcevable que l’Ombre arrive ainsi à masquer tout un peuple de sa création à l’Être Supérieur que je suis. Mais au fond, qu’importe, je suis bien au dessus des manigances de l’Ombre et de ses sbires pathétiques.
Lors du dernier millénaire, un élément majeur se produisit sur Neogaia. Pour une raison connue de lui seul, le Seigneur Ohm créa une dernière race : les Humains. Ce peuple, de loin le plus imprévisible, représente à mes yeux le symbole même de l’équilibre. Les membres de cette race pouvaient être tantôt bienveillants, tantôt mauvais et représentaient ainsi les facettes les plus extrêmes de ces deux notions universelles. Se reproduisant de manière extrêmement rapide, les êtres humains occupèrent en quelques siècles la majeure partie de la surface de Neogaia. A ce jour, aucun d’entre eux ne connaît l’existence du continent des elfes, et nulle cité naine n’est mise en danger par les membres les plus vils de cette nouvelle race. Les humains disputèrent bien des batailles contre les mahos et établirent de grandes cités repliées sur elles même, laissant à ces derniers de vastes zones habitables, mais ils tachèrent également de garder le contrôle des autres territoires en établissant des villes mineures fortifiées ou des villages et fermes isolées. Ainsi l’apparition des Humains ne fut un bouleversement pour aucune des races déjà existantes : les elfes restent à l’abri sur leur continent, les nains dans leurs forteresses et les mahos dans les vastes étendues de la surface. Néanmoins, après de longues réflexions, je ne peux m’empêcher de penser que cette situation calme n’est qu’un prémisse à des événements majeurs. La création d’un peuple aussi imprévisible que les Humains est le point de départ d’une histoire tumultueuse, et de changements profonds pour Neogaia. Quel destin attend les races de la lumière et celles de l’ombre, nul ne le sait ; mais au fond qu’importe. Nul ne peut ralentir le temps dans sa course inexorable ; mais après mure réflexion, même si les peuples se déchirent, et que les deux jumeaux divins continuent de s’affronter à travers eux, cela n’a aucune importance pour nous.
Nous sommes les Anciens, les Gardiens des races inférieures. Possédant l’ultime sagesse, nous sommes les observateurs ; nous étudierons, nous surveillerons les événements à venir sans y prendre part, sauf en cas d’extrême urgence, car nous sommes au dessus des batailles des Frères et de leurs représentants terrestres. Qu’ils s’affrontent, qu’ils souffrent, qu’ils meurent, au fond nous n’y pouvons rien, nous n’y changerons rien et nous n’avons donc rien à ressentir à leur égard. Nous sommes au dessus du Bien, nous sommes au dessus du Mal, nous sommes les Celestians.
L’humain posa le parchemin sur la table et éclata d’un rire moqueur. Son frère se contenta de sourire en secouant la tête.
- Avoue qu’il est divertissant de relire de vieux bouts de papier que l’on croyait perdu depuis des éons, lança le premier, une fois sa crise d’hilarité passée. - Tu ne devrais pas te comporter de façon aussi irrespectueuse mon cher frère, riposta l’intéressé d’un ton badin. Les choses n’ont pas tant changées quand on y pense. Tout n’est qu’illusion et chimère. Le bien, le mal, cette façon simpliste de penser… Cela me rappelle les contes que nous aimions tant quand nous étions enfants. Ceux avec une morale à la fin… A ton avis, peut-on faire une belle histoire d’un mensonge ? - A peine cinq minutes ensemble et tu deviens déjà désagréable Askahn…
Mal à l’aise et désormais furieux, l’humain se mit à faire les cent pas devant le regard amusé de son frère, confortablement assis dans un fauteuil placé derrière une grande table d’ivoire.
- Ne fais pas ta mauvaise tête, petit frère. Tu ne comprends donc plus la plaisanterie ? admonesta Askahn, un sourire désarmant aux lèvres. Que dirais tu d’une partie d’échecs pour me faire pardonner ?
Contenant sa mauvaise humeur à grand peine, l’humain acquiesça et fit apparaitre d’un claquement de doigt un second fauteuil de l’autre coté de la table, avant de s’y installer confortablement. Un damier géant couvert de figurines de diamant apparut alors entre les deux frères et ces derniers se mirent à l’observer avec attention.
- Même si habituellement ce sont les blancs qui commencent, je te laisse porter le premier coup, annonça Askan. Je te sens impatient d’agir…
Se tenant le menton d’un air pensif, son frère commença à mettre au point une stratégie. Après plusieurs minutes de réflexions, il saisit une pièce noire sur l’échiquier et la bougea d’une case.
- Cette partie va être passionnante ! Quelle douce ironie… souffla Askan, les yeux brillants. - J’adore faire jouer les pions en premier… chuchota l’humain, les yeux rivés sur le damier.
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|  | | olivier.lusetti Maître des Ombres


Messages: 3430 Date d'inscription: 09/04/2009 Age: 45 Localisation: Perpignan
 | Sujet: Re: Résultat du comité sur le manuscrit Frères de Coeur d'Eladwynn Jeu 23 Déc 2010 - 1:22 | |
| Chapitre 1
La première pièce
L’homme s’avançait lentement le long du couloir. Sa seule présence éteignait les torches et les bougies des lustres sur son passage. Le silence pesant n’était brisé que par le bruit sonore de ses pas et par les éclairs qui zébraient régulièrement le ciel nocturne. Une robe sombre traînant au sol recouvrait la totalité de son corps et seuls ses yeux d’un jaune maladif parvenaient à s'extirper des ombres qui recouvraient son visage. Sachant ses cibles proches, Zehyst ne se pressait pas plus que nécessaire, prenant le temps de savourer l’ingéniosité de son plan. Malgré l'immensité du château dans lequel il évoluait, le sorcier savait exactement où elles se terraient, préparant sa venue de leur mieux dans la salle de réception, au troisième étage de la tour nord. Durant quelques courts instants, Zehyst ressentit la contrariété de ne pas percevoir dans l’aura de ses futures victimes de la peur ou de la panique mais plutôt une sorte de résignation, de fol espoir.
Voila bien l’arrogance des Andarens, pesta Zehyst tout en poursuivant inexorablement son chemin.
Atteindre ce bastion n’avait pas été facile, même pour lui. Les protections magiques entourant le château montraient bien la puissance de ses résidents mais chaque défense a une faille et la patience vient à bout de tout. Ayant organisé une double diversion en envoyant une armée de clones de sang d’un coté du château et une légion d’ombres humanoïdes de l’autre, Zehyst était parvenu à monopoliser la garde le temps de s'introduire discrètement dans la place. Bien entendu, les deux andarens avaient immédiatement perçu l'intrusion et réagit en conséquence. Ils le connaissaient bien... Certain de sa victoire, le sorcier laissa son esprit vagabonder quelques instants. Il repensa à cette soirée brumeuse durant laquelle l’enfant de l’Eau lui avait échappé huit ans auparavant, grâce à l’intervention inopinée du Dévot Ganon, de Gabrielle et des deux andarens propriétaires du château.
Le sorcier gravit la dernière volée de marches menant au troisième étage et se mit à observer les lieux d'un coup d'œil rapide : sur sa droite deux couloirs et une porte à simple battant, à une cinquantaine de mètres de l’escalier par lequel il venait d’émerger. Le sorcier s’arrêta soudainement, percevant des présences se dirigeant dans sa direction. En effet, six gardes émergèrent à cet instant du premier couloir de gauche et sursautèrent d’effroi en apercevant le sorcier. Zehyst les jaugea sans peine: Quatre jeunes andarens terrifiés, tenant leurs lances avec peu d’assurance, un humain barbu d’une quarantaine d’années doté d’une épée à la lame ouvragée et un sang mêlé, mi-humain mi-andaren, en toge blanche. Poussant des cris d’alarme, les gardes se dirigèrent vers le sorcier sans se douter un seul instant de sa réelle puissance. Utilisant ses réflexes surhumains, Zehyst fit sortir son épée nimbée d'ombres de sa paume droite et intercepta le coup porté par le vétéran. La lame sombre sans difficulté l’arme dérisoire de l’humain. Anticipant le danger le plus immédiat, Zehyst pointa alors son index vers le sang mêlé qui tentait de se concentrer pour appeler à lui les forces du plan de la Lumière. La peau et la chair de ce dernier se mirent à fondre en quelques secondes, ne laissant du pauvre bougre qu’un squelette desséché qui heurta le sol dans un nuage de poussière. Voyant cela, les jeunes andarens laissèrent tomber leurs armes et s’enfuirent en hurlant alors que le vétéran continuait à ferrailler de son mieux avec le sorcier. Malheureusement aucune des techniques de combat du vaillant humain ne parvinrent à percer la défense de son adversaire. Les lames s’entrechoquèrent sans résultat poussant le vétéran à tenter une feinte. Visant le visage de Zehyst, il l’obligea à lever sa garde pour pouvoir s’accroupir brusquement et ainsi faucher les jambes de l'homme en noir. Les yeux exorbités, l'humain vit alors le sorcier se reculer prestement, semblant voler au dessus du sol. Profitant de la position désavantageuse de son adversaire, Zehyst se jeta en avant sur l’humain qui se retrouva assis sur son séant dans une tentative maladroite d'esquive. D’un revers de main, Zehyst plongea alors sa lame sombre dans le torse du combattant, aspirant ses forces vitales jusqu'à faire de lui une coquille décharnée qui tomba en poussière. Sans se soucier des fuyards, le sorcier continua inexorablement sa route tel un avatar de la mort.
…..
Zehyst aperçut enfin une porte à double battant ouvragée, au détour du second couloir de droite. Se concentrant quelques instants, le sorcier ressentit sans difficulté la présence d’une multitude de pièges magiques disséminés sur le sol, dans les murs ou même au plafond. Éprouvant une pointe de déception face à des traquenards si prévisibles, Zehyst invoqua d’une pensée un clone de sang qui apparut à ses cotés dans un nuage putride. Soumise aux ordres de son maitre, la créature décérébrée se mit aussitôt à avancer lentement dans le couloir en poussant des gémissements pathétiques. Le suintement caractéristique de ses pas se tut lorsque le clone posa son pied visqueux sur l’une des premières dalles du couloir. Un linceul de flammes lumineuses jaillit alors du néant pour réduire la misérable créature en mare de sang séché en l'espace de quelques secondes. Insensible à l’odeur insoutenable provenant des restes de son serviteur, Zehyst renouvela l’expérience jusqu’à acquérir la certitude d’avoir activé chaque traquenard dissimulé dans le couloir. Focalisant déjà son attention sur la porte menant aux appartements de ses proies, Zehyst avança d’un pas vif sans prendre garde à l’apparition d’une petite boule de lumière dans son dos. A chaque pas du sorcier, d'autres sphères nacrées se formèrent jusqu’à ce que Zehyst fut complètement cerné par une nuée de ces projectiles éblouissants. Avant que le sorcier ne puisse réagir, une sphère proche fut propulsée vers lui pour venir le heurter de plein fouet. Etouffant un cri de douleur, Zehyst tâcha d’analyser calmement la situation. Autour de lui, les boules de lumière commencèrent à bourdonner, comme impatiente de se jeter sur leur cible. Admiratif, le sorcier réalisa que les précédents pièges n’avaient servi qu’a déclencher le véritable traquenard : sans possibilité de fuite, Zehyst se retrouvait confronter à des projectiles nés de l’énergie du plan de la lumière. Or, ce genre d’offensive restait l’une des seules en mesure de l’affaiblir suffisamment pour l’obliger à se replier.
Ingénieux ! constata-t-il en esquivant de justesse une nouvelle sphère ardente.
Avant que le piège n’ait eu le temps d’atteindre son point culminant en provoquant l'attaque simultanée de tous les projectiles, Zehyst créa autour de lui une bulle d’ombre intangible. A peine la sphère noire eut elle prit forme qu’elle se mit à vibrer dans un fracas d’apocalypse, prenant à chaque secondes davantage d’ampleur. Les tapisseries et tableaux qui entrèrent en contact avec cette protection se transformèrent instantanément en magma infâme sous le regard indifférent de Zehyst, concentré sur sa tâche. Comme un seul, les projectiles de lumière fusèrent en direction du sorcier mais le seul contact avec la corruption de son bouclier intangible suffit à les souffler les unes après les autres dans un grésillement à peine audible.
- Que de temps perdu... soupira le sorcier en dissipant d’une pensée la bulle sombre.
Sa main droite tenant toujours fermement son épée nimbée d’une brume noirâtre, Zehyst tendit sa paume gauche vers la porte au fond du couloir. Aussitôt des ombres gémissantes vinrent heurter violemment les battants qui tinrent néanmoins bon. Une seconde impulsion vint frapper à nouveau la porte de chêne qui commença à se fissurer. Sans attendre davantage, Zehyst envoya une dernière vague d’ombres au contact de la porte qui explosa dans un bruit sourd. Soumis au terrible impact, les battants de bois massif furent propulsés au fin fond de la pièce désormais accessible. Le regard terne du sorcier tomba alors brièvement sur sa main toujours tendue. La ramenant lentement vers lui, le sorcier détailla quelques instants les ombres mouvantes recouvrant sa peau. Réprimant un soupir, Zehyst ferma brusquement le poing et pénétra d’un pas décidé dans la pièce dans laquelle l’attendaient ses proies.
La salle de réception du château était véritablement impressionnante. Formant un carré d’une soixantaine de mètres, elle pouvait accueillir une foule de visiteurs. Douze colonnes torsadées, disposées harmonieusement, soutenaient son haut plafond. Un pan de mur était aménagé en une bibliothèque dont les ouvrages recouvraient toute sa surface. Quatre grandes cheminées se tenaient enchâssées dans les murs blancs. Le sol constitué de marbre blanc était recouvert d’un magnifique tapis représentant un arbre gigantesque sur un fond bleu roi, chaque coin étant stoppé par une colonne. A droite Andalarion, un érudit d’après sa robe bleue brodée de fils d’or et d’argent, braquait un court bâton gravé sur toute sa longueur de runes dans la direction de Zehyst. Malgré l’absence de courant d’air, ses longs cheveux noirs corbeau parsemés de striures bleues virevoltaient dans son dos. Ses yeux noisette scrutaient avec dégoût le sorcier qui venait de pénétrer dans la pièce, son corps mince et gracieux auréolé d’une aura blanche parcourue de petits éclairs faisant écho à son état d’esprit. A ses cotés, sa femme, Illanya, dégageait la même impression de puissance et de noblesse. Vêtue d’une armure de cuir et de chausses noires, des bottes lui montaient jusqu’aux genoux et ses cheveux blond avaient été soigneusement arrangés en une queue de cheval. L’elfe dégageait une aura féline, de sauvagerie, de force confortée par le port de deux épées courtes, probablement en argent, brillants d’une légère lueur dorée.
- Et bien, quel accueil glacial, les apostropha Zehyst, en s’approchant légèrement d’eux. En ce cas, mieux vaut régler les choses rapidement. - Silence monstre ! coupa la femme avec véhémence. Épargne-nous tes sarcasmes ! - Aurais-tu déjà oublié ta précédente défaite Zehyst, pour paraitre devant nous bouffi d’arrogance et de condescendance ? renchérit son mari d’un ton froid.
Le sorcier s’arrêta alors au bord du tapis et leva légèrement son épée.
- Une simple page d’une histoire dont vous n’avez jamais mesuré la teneur. Votre intervention inutile n’a fait que retarder mes visées de quelques années. Un simple battement de cils. Tout comme votre souvenir qui se perdra bien vite dans les méandres du temps…
A ces mots, les deux andarens se mirent en position de combat : Andalarion invoqua une bulle protectrice autour de lui et, levant les mains paumes vers le ciel, se plongea dans une transe mystique. D’une simple pensée, sa femme embrasa aussitôt ses épées de flammes blanches, son regard braqué sur son adversaire. Tel un fauve, Illanya se jeta sur Zehyst, réduisant d’un seul saut la distance qui les séparait. Une épée attaquant la tête, la seconde visant la taille, La guerrière utilisa ses réflexes pour prendre de vitesse le sorcier. Se reculant d’un bond, Zehyst esquiva l’épée basse et bloqua la botte haute sans difficulté. Se jaugeant, les deux adversaires se tournèrent autour, cherchant la faille dans la défense de l’autre ou un manque de concentration fatal dans ce genre de combat. Andalarion en profita pour invoquer des traits de flammes blanches qu’il dirigea vers Zehyst. Sans quitter un seul instant son adversaire du regard, Illanya réalisa une série de sauts et de roulades qui lui permit de ne pas gêner la trajectoire des projectiles enflammés de son époux. Grimaçant devant une telle synchronisation, Zehyst nimba sa main gauche d’ombres et parvint à repousser les flammes vers le sol ou les murs contre lesquels elles explosèrent violemment. Avant qu’il ne réagisse, un véritable déluge de boules de glace le heurta de plein fouet. Déséquilibré, le sorcier dut se résoudre à prendre son envol pour sortir de la trajectoire du blizzard meurtrier. Porté par des ombres mouvantes, Zehyst atterrit avec grâce loin de ses deux adversaires, dans la zone à l’opposé de la bibliothèque, et remarqua qu’Andalarion était en train de se concentrer dans le but de lancer un sortilège bien plus puissant que les précédents. Avant d’avoir eu le temps de se ruer vers l’érudit, Zehyst vit fondre sur lui Illanya qui le chargea d’un bond. Ravalant son exaspération, Zehyst esquiva la charge de la furie et tenta de la faucher en se servant de son élan. Anticipant la manœuvre de son adversaire, la jeune femme se propulsa dans les airs et fit atterrir sa lame droite en équilibre sur l’épée tendue de Zehyst, abasourdi. Sans laisser au sorcier le temps de ressentir son poids sur sa lame, Illanya tenta de frapper son adversaire de son épée gauche en tournant sur elle-même. Zehyst eu tout juste le temps de se reculer que la lame lui passa à quelques centimètres du visage. La guerrière, emportée par le mouvement rotatif de son arme tranchante, amortit aussitôt sa chute d’une roulade agile et se rétablit en position de combat instantanément. Maintenant sa transe sans se soucier du combat, Andalarion commença à luire, des vagues d’électricité le traversant pour se concentrer dans ses paumes provoquant des crépitements inquiétants. Sentant la masse de pouvoirs concentrés, Zehyst tendit sa main libre vers l’andaren, mais une lame nimbée de flammes dorées l’intercepta , l’obligeant à replier son bras de peur de le voir trancher. Illanya réalisa alors un magnifique saut périlleux arrière et un gigantesque projectile d’énergie nacrée, tirée du plan de la Lumière, jaillit d’Andalarion dans une explosion apocalyptique. Invisible et silencieux, l’homme borgne observait le combat, un air désapprobateur plaqué sur ses traits durs.
Qu’espéraient donc ces deux mortels ?... Le voila qui coupe leur ridicule rayon d’un seul mouvement d’épée. Poussière, hurlements, désordre… Une telle agitation me navre… Est-ce donc la seule chose dans laquelle excellent les habitants de Neogaia ? Bouger frénétiquement, s’épuiser en vain, geindre et se complaire dans leur ignorance ? Savent ils au moins pourquoi le déchu a prit la peine de se soucier d’eux ?... Pathétique.
…..
Sans attendre la réaction des deux andarens devant l’échec de leur dernière offensive, Zehyst se jeta avec brutalité sur la guerrière qui esquiva d’un bond spectaculaire. A peine avait elle poser le pied sur le sol, qu’un bruit de pas heurtant le dallage de marbre résonna à ses oreilles sensibles. La guerrière n’eut pas le temps de se retourner qu’une impulsion magique comme celle qui avait fait exploser la porte de la salle, la frappa dans le dos, l’envoyant heurter violemment la bibliothèque dont certains ouvrages lui tombèrent dessus lorsqu’elle s’écrasa au sol dans un bruit mat. A la vue de sa femme inconsciente, Andalarion invoqua d’une pensée un épieu de glace qu’il projeta sur Zehyst. A sa grande horreur, le projectile s’arrêta à quelques centimètres de la paume tendue du sorcier. Instantanément, la glace se mit à trembler et le pieu explosa dans un craquement cristallin sans occasionner le moindre dommage à Zehyst. - Cesse toute résistance… Je ne souhaite pas prolonger ce semblant de combat plus que nécessaire, l’apostropha le sorcier d’un ton neutre. - Comment as-tu pu obtenir tant de puissance en huit ans ? s’écria Andalarion, incrédule. Quel sombre pacte as-tu passé avec l’Ombre ?! - Sombre pacte ? Est il donc inconcevable pour les membres de ta race de penser qu’ils ne sont pas les maîtres de toute chose ? Gabrielle n’est pas là pour vous protéger cette fois ci, et cette absence fait toute la différence. Fusillant le sorcier d’un regard chargé de mépris, l’andaren se contenta de répliquer avec calme : - Tu as toujours été un beau parleur, te gargarisant de tes propres mensonges. Nous ne sommes pas encore vaincus !
Zehyst secoua la tête pour toute réponse, en soupirant de lassitude. - Je n’arriverai jamais à comprendre votre aveuglement. Tout en prononçant ces paroles, Zehyst effectua une rotation du bras gauche dans le sens des aiguilles d’une montre, laissant dans l’air des blocs de glace sombre en lévitation. Continuant à observer son adversaire d’un air indéchiffrable quelques courts instants, le sorcier lança les projectiles gelés sur Andalarion d’un geste désinvolte de la main. L’elfe invoqua aussitôt un mur de flammes pour le protéger, mais les projectiles de glace acérés traversèrent l’obstacle sans difficulté pour venir se ficher dans le corps de l’érudit abasourdi devant l’inefficacité de sa protection. Gravement touché à l’épaule droite, au torse et à l’abdomen, Andalarion s’effondra au sol sans bruit, se vidant lentement de son sang.
…..
La première chose qu’aperçut Illanya en reprenant connaissance fut le corps de son mari, le visage baignant dans une mare formée par son propre sang. Immobile, les yeux clos, le teint cireux, un bloc de glace ayant traversé son abdomen et dépassant de son dos, Andalarion semblait avoir succombé. Illanya tenta de se relever mais une douleur atroce dans le dos l’en dissuada rapidement. Son regard terni focalisé sur son époux bien aimé, la jeune femme se traîna jusqu’à lui avec l’énergie du désespoir sans se soucier de la douleur et de la petite voix intérieure qui lui criait l’évidence. Arrivée à sa hauteur, Illanya lui saisit la main et frémit en sentant les doigts glacés d’Andalarion au contact des siens. La jeune femme se mit alors à caresser la joue de son époux tout en essuyant d’un geste tendre les gouttes de sang qui avaient jailli sur son beau visage. Incrédule, elle fixa longuement son âme sœur, des passages de leur longue vie commune repassant dans son esprit. Des moments de bonheur simples, des instants magiques de complicité et d’amour, des disputes insignifiantes qui se soldaient par des bouderies mutuelles vite oubliées et ce même visage illuminé par la joie chaque fois que son regard se posait sur leur fils jouant dans le parc du château. Alors, Illanya hurla. Son cri, mélange de peine, de détresse, de désespoir, de colère, dura plusieurs minutes durant lesquelles l’elfe évacua toute l’horreur de la réalité qu’elle avait devant les yeux, et qui pourtant lui était intolérable. Une main se posa alors sur son épaule. Tournant la tête, Illanya croisa le regard de Zehyst à genou prêt d’elle. Les joues baignées de larmes, elle balbutia : - Monstre…comment as tu pu ?.... Mon étoile…mon amour…tu me l’as enlevé… Sans détourner le regard, Zehyst lui répondit d’une voix calme, presque compatissante : - Au regard de l’éternité, la vie d’Andalarion n’était rien. Et pourtant, sa perte affecte d’autres mortels. C’est un concept que j’ai du mal à appréhender car son souvenir s’effacera bien vite de ma mémoire. Mais sans la somme de toutes les lettres qui le compose, un livre ne serait qu’un amas de pages blanches. A peine le dernier mot avait il franchit ses lèvres que Zehyst brisa d’un coup sec la nuque d’Illanya dont le corps chuta contre la poitrine de son défunt époux.
…..
Zehyst resta longtemps à observer les deux corps mortels à ses pieds. Les ombres mouvantes de son corps s’agitant paresseusement, le sorcier ne pouvait détacher son regard du couple lié jusqu’à leur dernier souffle. Il les enviait.
Dans quelques mois, quelques années tout au plus, qui gardera encore un souvenir d’eux ? Leur fils ? Et après ? Ces existences éphémères me semblent si futiles…
Les yeux du sorcier tombèrent alors inconsciemment sur ses mains sombres.
Tout n’est qu’une question de choix… Même le fait de survivre… Pour ne jamais laisser le fleuve du temps nous abandonner sur sa berge…
Se détournant des deux corps inertes, Zehyst sentit alors une présence que bien peu auraient pu percevoir. Soupirant à cœur fendre, le sorcier se dirigea d’un pas lent vers la sortie de la pièce transformée en tombeau.
Seul.
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|  | | olivier.lusetti Maître des Ombres


Messages: 3430 Date d'inscription: 09/04/2009 Age: 45 Localisation: Perpignan
 | Sujet: Re: Résultat du comité sur le manuscrit Frères de Coeur d'Eladwynn Jeu 23 Déc 2010 - 1:23 | |
| Chapitre 2
L’ombreguide
- Je place mon roi sur la table… A toi de jouer.
…..
C'était une splendide matinée ensoleillée digne de cette fin d'été. Dans cette zone luxuriante proche d’Onde-étoile, le climat avait toujours été propice à l’agriculture et la vingtaine de villages dressés sur ces terres prospéraient grâce à l’exportation de denrées alimentaires basiques : lait, oeufs, blé mais aussi des bétes d’élevage de grande qualité. Les visiteurs traversant la région ne pouvaient que la trouver magnifique : les verdoyantes collines se disputaient le paysage avec les vastes champs dorés, propriétés de quelques fermes éparses dont l’hospitalité était renommée dans tout le royaume. Et c’est perdu dans ce décor bucolique que l’enfant cherchait désespérément un refuge. Des cheveux noirs en bataille, ses yeux bleus à l’affût du moindre mouvement environnant, de bonnes joues rougies par l'effort, le garçonnet d’une huitaine d’années portait sa chemise blanche préférée à moitié sortie de ses braies marrons. L’enfant courrait depuis plus d'une demi-heure sans parvenir à semer son poursuivant. Epuisé, le souffle court, il était maintenant couché sur le sol, dissimulé derrière un buisson touffu.
Quelle cachette parfaite.
Souriant de toutes ses dents, le garçonnet pensait être enfin en sécurité. Soudain, de grandes mains calleuses le saisirent dans le dos et le soulevèrent du sol, lui arrachant un cri. Le petit garçon se retrouva aussitôt juché sur les épaules de l'individu qui l'avait attrapé par surprise.
- Papa un, petit bout d'homme zéro, ricana le grand homme. - C'est pas juste, grommela l'enfant. Tu gagnes toujours.
Sans se départir d’un grand sourire victorieux, le père contourna le buisson pour rejoindre en contrebas une charrette conduite par une jeune femme, le long de la route poussiéreuse. Cette dernière interpella le père et son fils d'une voix faussement sévère, les mains sur les hanches :
- Arbhaal, Rohir, vous n'avez pas fini de jouer ! On se demande qui est le gamin. Le lait et les œufs frais ne se livreront pas tout seuls au marché du village. Dépêchons, dépêchons. - Je ramène le dîner de ce soir, Isabella. Mais il faut d'abord que je ramollisse cette viande, elle a l'air coriace, répondit son mari, amusé.
Sur ces mots, il attrapa l'enfant juché sur ses épaules, le propulsa dans la carriole et commença à le chatouiller, déclenchant aussitôt une crise de fou rire. La femme se jeta alors sur son mari en criant :
- Brute ! Pas touche à mon fils.
La petite bataille se poursuivit plusieurs minutes, durant lesquelles les cris de joie et les rires enfantins eurent tout loisir de s'exprimer. Se relevant enfin, riant encore, le mari embrassa tendrement son fils et la jeune femme puis, les laissant jouer dans la carriole, saisit les rênes de l'attelage pour faire avancer les deux mulets placides qui commençaient à souffrir de la chaleur ambiante. Le voyage allait durer encore une petite heure, la ferme de ces agriculteurs étant située à trois kilomètres du village le plus proche. Pour rendre le voyage plus agréable à l'enfant, la jeune femme attrapa un livre de contes placé dans le petit coffre contenant le nécessaire pour la journée, et demanda à son fils quelle histoire il désirait entendre.
- Maman, maman, lis moi le pauvre harpiste ! s’écria l'enfant joyeux. - Mais voyons Arbhaal, tu la connais par cœur. répliqua Isabella amusée. Je te la lis au moins trois fois par semaine… - Cette histoire est la plus belle, maman. J'aime beaucoup ce héros ! répondit Arbhaal, d’un air suppliant. - Bien, capitula la jeune femme en souriant.
« Il était une fois, dans un village aujourd’hui disparu, un jeune garçon nommé Myhen qui vivait paisiblement avec ses parents. Tout jeune, il avait reçu une magnifique harpe fabriquée par son grand père et la plus grande joie de ce garçon était de jouer tout le long de la journée de douces mélodies. Il était si doué que les enfants du village se massaient autour de lui pour l’écouter jouer lors des veillées. Chaque année, à la fête des moissons, Myhen s’installait sur la place du village et rendait hommage aux esprits des éléments pour les bonnes récoltes de l’année en les gratifiant d’une douce musique. En cette occasion, tout le village respectait le plus grand silence pour ne pas perdre une miette de la mélopée. Les plus jeunes l’enviaient et les plus anciens louaient sans cesse ses talents. Ainsi, Myhen faisait la fierté de ses parents et le régal des villageois. Un beau jour durant lequel, comme à son habitude, il s’exerçait à la harpe, sa douce musique attira l’attention de la jeune Firma, la fille du bourgmestre. Séduite par le talent de Myhen, elle le complimenta longuement et lui promit à maintes reprises son admiration éternelle. Le jeune homme fut bouleversé qu’une si chaste et importante jeune fille s’intéressa à un pauvre fils de paysan tel que lui mais le malheureux Myhen ignorait que les plus belles pommes sont parfois gâtées de l’intérieur. Durant des mois, Firma ne sortit plus sans son musicien attitré et elle provoqua bien vite la jalousie de toutes ses rivales qui ne lui enviait ni sa beauté, ni ses beaux bijoux mais la chance d’avoir à ses cotés un galant si doué. Ce qui devait advenir se produisit. La belle attira le regard du très convoité fils du duc de la région lors d’une soirée au château et ils s’embrassèrent avec passion sous le regard éperdu du pauvre Myhen dont la musique joyeuse se transforma pour l’occasion en funèbre mélopée, si triste qu’elle engendra une infinie mélancolie à tous ceux qui l’entendirent ce jour là. Le fils du duc, voulant vivre avec sa belle, fit ériger dans le village de Myhen un magnifique manoir dans lequel les nouveaux époux s’installèrent avec la bénédiction du bourgmestre, si heureux de voir sa fille liée à un tel parti. La veille du mariage, la pauvre Myhen vint jouait à la fenêtre de la belle une chanson où chacun de ses purs sentiments s’exprimaient, mais Firma dont le cœur était aussi dur que le roc, se moqua du jeune harpiste en lui lançant de nombreux fruits pourris sous les rires du fils du duc et de tous leurs amis. A partir de ce jour, de nombreux villageois firent de Myhen un objet de moquerie. Ils empêchèrent leurs enfants d’écouter les musiques du harpiste et houspillèrent leurs aînés de prêter attention aux sons de cordes d’un pouilleux qui avait eu la folle arrogance de souhaiter ravir le cœur d’une si noble jeune fille. Ne pouvant en supporter davantage, Myhen grimpa en haut de la colline à l’ouest du village et sauta dans le vide, sans un cri, sans un mot, sans une dernière plainte. Ses malheureux parents eurent beau chercher, ils ne retrouvèrent pas son corps et les vieux du village se mirent à pleurer le sort de ce pauvre jeune homme, brisé par l’âme noire d’une précieuse frivole et sans cœur. Quelques jours après cet incident tragique, advint une nuit sans lune. Prévenu par un sombre pressentiment, les vieux du village restèrent blotti près du feu et les enfants se cachèrent sous leurs couvertures. A minuit, un son de harpe se fit entendre à l’ouest. Un sombre requiem retentit et se propagea vers la demeure de Firma et de son noble mari. Tous ceux qui s’étaient moqués du pauvre Harpiste furent saisi d’un effroi indescriptible et se mirent à trembler de tous leurs membres en entendant la musique du trépassé. Ceux qui eurent assez de courage pour regarder qui pouvait bien jouer ainsi de cet instrument, aperçurent dans la rue une ombre indistincte tenant une harpe flottant légèrement au dessus du sol. Cette nuit, Firma et son mari donnaient une réception réunissant tous leurs amis, ceux là même qui avait si injustement traité le malheureux Myhen. Au passage de l’ombre et de sa harpe fantôme, les portes de la demeure se barricadèrent d’elles même et lorsqu’elle pénétra dans la salle de bal, les lumières s’éteignirent subitement et toute musique cessa hormis celle, lugubre, de la harpe. Au petit matin, le bourgmestre entra avec les villageois dans la demeure de sa fille et de son gendre pour ne trouver qu’un manoir vide. On ne revit jamais ni Firma, ni le fils du duc, ni aucun des convives. Et depuis lors, à chaque nuit sans lune, un doux requiem retentit dans le village à minuit et les Méchants se terrent dans leurs demeures car ils craignent, à juste titre, que le pauvre harpiste ne les choisissent pour les faire disparaître comme la cruelle Firma et ses amis sans cœur.
La mère referma le livre et posa un regard doux sur son fils :
- Pourquoi aimes-tu tant ce conte, mon cœur ? - Parce que le harpiste est plus puissant que les vilains, et qu’il est tellement fort à la fin qu’il décide tout seul quelles personnes sont gentilles et lesquelles sont méchantes. - Tu as raison Arbhaal. Mais dans la vraie vie cela n’est pas aussi facile, tempéra la jeune femme. Parfois, les justes ne gagnent pas et les vilains finissent leurs vies en toute quiétude, en rendant les autres malheureux ou esclaves. - Quand je serais grand, je ferais disparaître ceux qui profitent des autres, et je rendrai tous les gentils heureux et libres ! déclara Arbhaal en tendant le poing vers le ciel. - Je te le souhaite, mon cœur. Mais tu auras bien du travail alors, répondit sa mère en soupirant devant tant d’innocence. Allez repose toi un peu avant notre arrivée au village. Nous nous sommes levés bien tôt ce matin et tu dois être fatigué.
L’enfant posa alors sa tête sur les genoux maternels et se laissa bercer par les mouvements de la carriole.
- Je serai toujours fière de toi, mon cœur. N’oublie jamais que tes parents t’aiment très fort, chuchota la jeune femme en embrassant tendrement son fils. - Moi aussi maman, je vous aime beaucoup. Même plus que les tartines au miel, répondit Arbhaal en fermant ses petits yeux ensommeillés.
La carriole arriva enfin à proximité du village de Boisdevie. Fondé par des colons partis d’Onde-étoile, une centaine d’années auparavant, la petite bourgade fut établie à la lisière d’une superbe forêt et du « lac des Trois saisons », au sud de la capitale la plus importante du continent de Milonia. La modeste communauté passa en l’espace de quelques années d’une centaine de colons à une population avoisinant le millier d’individus, chiffre stable au cours des temps suivants. Sous la houlette du sage nain Cornelius Tetepensante, Boisdevie orienta son commerce vers l’exportation de truites à la chair goûteuse et de baies provenant de la forêt, réputées pour posséder des vertus curatives. Ce chef atypique et bienveillant dirigea ainsi la bourgade durant une moitié de siècle et eut la riche idée de proclamer, chaque début de mois, l’ouverture d’un grand marché qui permit ainsi aux nombreux paysans des environs de vendre leurs produits et de profiter de denrées rares provenant d’Onde-étoile. Vénérant depuis toujours l’Esprit de l’eau nourricière « Thalasith », les habitants de Boisdevie commencèrent à se tourner, depuis quelques années, vers le culte de l’esprit du vent des forêts «And’Fala ». Et c’est pour l’un de ces fameux jours de marché que la petite famille entra dans le village pour venir stopper leur carriole sur un espace libre, le long de la rue principale, pour vendre leurs produits aux badauds ; de nombreuses autres personnes ayant déjà pris place dès le lever du jour. Pendant que Rohir commença à installer une planche de bois soutenue par des tréteaux, Isabella donna les consignes pour la journée à Arbhaal. - Aujourd’hui tu peux flâner dans le village à ton aise mais auparavant passe chez l’herboriste chercher de la poudre de sauge pour les rhumatismes de grand-mère, du fortifiant pour les poulains et de l’élixir de sommeil pour les insomnies de ton père. Je veux que tu sois de retour avant que le soleil soit plus bas que les toits des maisons. Acquiescant, l’enfant saisit la somme que lui tendait sa mère et parti au triple gallot profiter de sa journée. …..
La maison de l’herboriste du village se tenait légèrement à l’écart de la bourgade. Offrant à prix moindres les effets de ses recettes curatives, la vieille femme officiait depuis plus de cinquante ans et une clientèle nombreuse se pressait à ses portes. A chaque jour de marché, Arbhaal avait l’habitude de satisfaire les commandes de ses parents auprès d’elle, aussi entra t’il dans la masure sans frapper. Une odeur de moisissure le frappa alors de plein fouet. Plongée dans la pénombre, la maison semblait particulièrement effrayante aux yeux d’un enfant de huit ans. Des pots remplis de poudre et de produits étranges s’offraient à sa vue, alignés sur des étagères branlantes clouées le long des murs sales. La salle principale servait à accueillir les clients et une porte dans le fond donnait accès à la pièce dans laquelle la vieille femme préparait ses produits étranges. Le petit garçon avança jusqu’au présentoir et attendit que la vieille femme ne sorte de sa salle de préparation. Quelques minutes passèrent durant lesquelles il put observer à loisir les récipients amoncelés sur les étagères : crapaud momifié, peau de rat, œil de truite, queue de chien et bien d’autres composants qu’il ne réussit pas à identifier. Sur une table au centre de la pièce, était disposé une série d’objets cabalistiques qui renforçaient l’ambiance ésotérique du lieu : quartz, baguettes ouvragées, dragon en jade, et une magnifique pierre rouge de la taille du poing qu’Arbhaal admirait avec convoitise à chacune de ses visites. En effet, l’enfant adorait observer les formes en mouvement piégées à l’intérieur de la pierre et ressentait systématiquement une attirance extrême pour ce simple bijou, qui pourtant ne devait pas avoir grande valeur. Une voix chevrotante interrompit son analyse coutumière : - Ne serais ce pas le petit fils Erethil ? Arbhaal c’est bien ça ? - Euh oui… Bonjour madame l’herboriste. Je viens porter la commande de maman, expliqua l’enfant mal à l’aise en tournant le regard vers la vieille femme sortie de la salle du fond. Même s’il l’avait déjà vue à maintes reprises, Arbhaal n’arrivait pas à se décontracter face à cette femme âgée. Édentée, toujours couverte d’habits sales et crasseux, souffrant d’une surcharge pondérale impressionnante et dotée de petits yeux de fouines scrutateurs, la vieille n’inspirait pas la sympathie. Pour ne rien arranger, une odeur aigre semblait lui coller à la peau. Le petit garçon s’était souvent demander si la mégère était plus large que haute mais n’avait jamais oser lui poser la question, de peur qu’elle ne lui jette un mauvais sort. Après quelques secondes de silence géné, Arbhaal poursuivit d’une voix tremblante : - Il me faut de la poudre pour le dos de mamie, du produit pour que papa dorme et la boisson verte pour les poulains, comme d’habitude. - Je vois, répondit la vieille femme en souriant de toutes ses rares dents. Elle tendit aussitôt une main ridée vers l’enfant qui y déposa deux triangles et un carré de cuivre. - Je vais te chercher tout ça dans ma réserve. Ne touche à rien, garnement ! Et elle retourna dans son laboratoire d’un pas lent. Une demi-heure plus tard, Arbhaal se retrouva jeté dehors, ses articles sous le bras. L’enfant se dépêcha de ramener les produits demandés par ses parents et reparti comme une flèche pour profiter d’une si belle journée.
Arbhaal se promena longuement à travers les étals des marchands et décida, au bout de quelques heures, de s’éloigner un peu du village pour piquer un petit somme. Se dirigeant tranquillement vers l’orée de la forêt, il entendit des éclats de voix provenant de l’abord d’une construction légèrement à l’écart du village. Des bûcherons crasseux et mal embouchés étaient en train de couper une série d’arbres pour créer un espace en demi-cercle, dans lequel se tenaient un homme en toge blanche et un andaren lui faisant face. En s’approchant Arbhaal remarqua des sillons creusés dans la clairière pour réaliser le plan d’un bâtiment de grande dimension. L’homme en toge n’était autre que Miniel, un jeune prêtre à l’aspect débonnaire et au ventre replet qui cherchait à transmettre la parole de « And’Fala », l’esprit du vent des bois, depuis quelques mois aux habitants du village. Souriant de toutes ses dents d’une blancheur immaculée, il semblait chercher à raisonner l’elfe en colère Grand et élancé comme ceux de sa race, l’Andaren portait un pourpoint azur et jouait machinalement avec la dague fine accrochée à sa ceinture. Ses cheveux noirs coupés court laissaient bien voir son visage anguleux défiguré par la rage. Poussé par une curiosité enfantine, Arbhaal continua à s’approcher avec prudence.
- Espèce d’humain stupide ! hurla l’andaren de sa voix cristalline. Votre amour du pouvoir vous aveugle t’il à ce point ? Croyez vous réellement que « And’Fala » souhaite la destruction de ses arbres chéris dans le but de réaliser un édifice de culte ? - Allons mon ami… rétorqua Miniel, sans se départir d’un sourire enjôleur. Etant prêtre je connais mieux que vous les souhaits de l’esprit du vent des bois. La mort de ces arbres sert son culte et permettra aux villageois de posséder un endroit idéal pour le vénérer.
Serrant les poings de colère, l’elfe semblait écœuré.
- Vous devriez pourtant savoir que ceux qui souhaitent prier « And’Fala » le font dans son domaine, dans la forêt, et que cet esprit se moque bien des édifices de culte. Vous réalisez ce bâtiment somptueux et au luxe ridicule uniquement pour assouvir votre désir de monopole religieux ! Votre acte dément ne comporte pas une once de piété ou de respect envers l’esprit que vous dites vénérer !
A ces mots, le prêtre perdit son sourire et déclara d’une voix menaçante, l‘index pointé vers son interlocuteur:
- Les andarens bouffis d’arrogance n’ont pas à intervenir dans les affaires des hommes. Retournez dans votre cahute de bois ou je serais obliger de demander à mes ouvriers de vous faire taire, vous et vos blasphèmes.
Entendant ces paroles, les bûcherons commencèrent à se tourner vers les deux protagonistes. L’andaren, se sentant en danger, se détourna d’un air fier et s’en fut d’un pas rageur dans la direction d’Arbhaal qui ne le quittait pas des yeux. Passant à la hauteur de l’enfant, l’elfe le toisa de haut et lui demanda sèchement :
- Ne sais tu pas qu’il est fort impoli de dévisager les inconnus ? - Pardonnez-moi messire mais je trouve, comme vous, que ces hommes sont bien méchants de couper ces arbres pour rien, répondit timidement Arbhaal.
Radoucit par ces paroles enfantines, l’andaren posa un genou à terre :
- Tu ne peux pas savoir comme ces mots me touchent, enfant des hommes. Quand j’entends un peu de bon sens dans les paroles d’un garçonnet tel que toi, je me dis que les humains ne sont pas encore une race perdue. Et ne m’appelles donc pas messire, je te prie. Je me nomme Ithion, andaren de la forêt Pont de Lumière. - Monsieur Ithion, pourquoi vous ne les empêchez pas de faire ça avec votre belle dague ? demanda Arbhaal en désignant du doigt les bûcherons qui s’étaient remis au travail. - Parce que cet acte serait mauvais, rétorqua Ithion, amusé de tant de candeur. Je réprouve leur comportement mais je ne suis pas apte à porter un jugement et une condamnation sur leurs actes. Les esprits se chargeront d’appliquer leur justice. - Mais si on leur faisait juste le mal qu’ils font aux arbres, vous pensez que ce serait juste ? insista l’enfant. - Tu me demandes une chose bien délicate. Mais si je dois te répondre avec franchise… Oui, je pense qu’il serait normal que ces hommes stupides réalisent le mal qu’ils infligent aux arbres en subissant le même sort, répondit l’elfe dérouté par la question. - Hi hi, alors vous allez voir monsieur ! Ils ne couperont plus jamais d’arbres, déclara l’enfant soudain joyeux.
L’atmosphère s’alourdit brusquement et Ithion ressentit une terreur incompréhensible lui tordre l’estomac. Effrayé, il dégaina sa dague et chercha du regard l’origine de la menace. Ses yeux clairs finirent par se poser sur Arbhaal. Entouré d’un halo pourpre, l’enfant, les cheveux dressés sur la tête, fixait les bûcherons affairés. Ses yeux semblaient deux trous noirs insondables et des vagues d’ombres rampantes s’élancèrent en direction de la clairière Au bout de quelques courts instants, les bûcherons furent pris de folie et tentèrent de frapper leurs congénères de leurs haches. Voyant ses hommes sombrer dans la folie, Miniel s’élança vers eux pour tenter de les raisonner :
- Voyons mes frères, que vous arrive t’il ? Auriez-vous perdu la raison ? Cessez imm…
Le prêtre ne put finir sa phrase et s’écroula dans un bain de sang, une hache plantée dans le torse. Mortifié devant un spectacle aussi macabre, Ithion frappa l’enfant qui tomba à terre, sa concentration brisée. La première chose que virent les bûcherons en reprenant leurs esprits, fut le corps du prêtre au sol et Arbhaal, étourdi au pied de l’andaren, tremblant.
- A l’assassin ! hurla un homme. - L’elfe veut tuer le gamin comme il a assassiné le Père Miniel, massacrons le ! s’écria un autre.
Les bûcherons saisirent de grosses pierres et s'emparèrent de solides branches qu'ils ramassèrent à leurs pieds. Ainsi armés, les humains commencèrent à lapider Ithion, prit par surprise. Un gros caillou le heurta à la tempe et il s’écroula, dans un râle. Soudain, les jets de projectiles cessèrent et Ithion parvint à relever la tête pour voir Arbhaal le protégeant de son petit corps, l’aura sombre l’auréolant à nouveau.
- Fuyez, monsieur Ithion, dépêchez vous… chuchota le petit garçon transpirant à grosses goûtes.
Terrorisé par la situation, l’andaren réussi à se relever pour s’enfuir dans la forêt sans se retourner. Une fois que tous les bûcherons se furent massacrés, plongeant la clairière dans un silence de mort, Arbhaal sombra dans l’inconscience. L’ombre qui observait l’enfant, cachée sous le couvert des arbres, se détourna alors, satisfaite du spectacle qui venait de s’offrir à elle.
…..
Arbhaal se trouvait allongé sur un lit moelleux, un linge mouillé sur le front. Ses parents, les visages décomposés, le fixaient avec inquiétude, un nain à la longue barbe brune attendant à leur coté. Dès que l’enfant ouvrit les yeux, sa mère le prit dans ses bras, les joues baignées de larmes de soulagement. Au bout de quelques minutes, le nain se tourna vers l’enfant et s’assit sur le rebord du lit, le regard bienveillant : - Ravi de te voir éveiller mon petit. Je suis Cornelius Têtepensante, tu te rappelles de moi ? Voyant Arbhaal acquiescer timidement, le chef du village poursuivit : - Nous t’avons retrouvé évanoui près des corps sans vies de nombreux citoyens de mon village et du jeune prêtre de And’Fala. Que s’est-il passer ? T’en rappelles-tu ? Qui vous a attaqué ? Arbhaal garda la tête baissé un long moment sans dire un mot. Comment dire la vérité ?... Des hommes étaient morts par sa faute. Plusieurs mots d’excuse ou d’explications se pressèrent au bord des lèvres de l’enfant mais aucun ne lui sembla justifié. Depuis des mois maintenant, des cauchemars et des visions brumeuses envahissaient ses nuits. Une lande désolée… Des silhouettes lumineuses… Puis l’obscurité. Une noirceur dont l’enfant avait pleinement conscience. Mais au lieu de hurler dans son sommeil ou de pleurer, Arbhaal s’était contenter d’observer, de tendre son esprit vers une pâle lumière qui venait brièvement illuminée son cauchemar. Une journée pluvieuse, alors qu’il jouait dans le grenier de la ferme familiale, Arbhaal avait tenté de retrouver cette lueur dans sa tête. Après plusieurs minutes d’efforts vains, l’enfant avait entendu des bruits de sabots et des mugissements enragés. Ces parents n’auraient jamais pu faire le rapprochement entre leur fils de huit ans et la soudaine rage des trois vaches de la ferme qui s’étaient entretuées sous ses yeux. Mais Arbhaal avait senti, avait compris… Cette fois ci, il ne s’agissait pas d’expérience sur des bêtes de traits, des rats ou des poules. Que faire ? - Ne t’inquiète pas mon cœur, nous sommes là pour te protéger, lui chuchota sa mère. N’ai pas peur. Devant le regard insistant de Cornelius, l’enfant répondit faiblement : - Je ne sais pas… je ne me rappelle plus de rien… A ses mots, le nain se releva et reconnut d’une voix calme : - Je m’en doutais un peu. Tu as du subir un grand traumatisme, pauvre enfant. Navré de t’avoir brusqué. Je vais te laisser rentrer chez toi avec tes parents. Essaie de ne plus penser à tout ceci. Après avoir serré la main de Rohir, Cornelius sorti de la pièce laissant les membres de la petite famille au calme. Après tant d’émotions, ils quittèrent rapidement le village. Durant tout le trajet, Isabella prit soin de chanter de belles chansons apaisantes à son fils qui observait le firmament splendide, bercé pour les cahots de la route.
Cinq jours s’écoulèrent et la vie normale reprit doucement son cours dans la petite ferme des Erethil ; le bonheur simple de la petite famille remplaçant vite les inquiétudes conséquentes aux événements macabres du jour du marché. Le sixième jour après le drame, comme à son habitude, Rohir se leva avec le soleil et partit pour la journée entretenir son champ de blé. Simplement vêtue de sa robe de chambre en laine, Isabella l’embrassa tendrement sur le pas de la porte lui souhaitant une bonne journée. Son mari partit, la jeune femme alluma un petit feu dans la cheminée et plaça au dessus une marmite remplie d’eau, destinée aux ablutions matinales de son fils et de Grand’ Ma. Elle prépara ensuite la table pour le petit déjeuner et se dirigea vers l’étable pour la traite matinale. Une heure plus tard, Arbhaal et Grand’ Ma étaient attablés, dégustant un bon lait frais et quelques tranches de pain recouverte de miel issus des ruches qu’entretenait Isabella. Puis la véritable journée commença. Pendant que Grand’ Ma reprisait les vêtements de son fils, Isabella commença à nettoyer avec vigueur les sols pour le grand ménage hebdomadaire. Arbhaal, quand à lui, partit chercher dans l’étable sa demi douzaine de biquettes et les amena paître sur une colline, non loin de la ferme familiale. Le ciel était d’un bleu azur, sans un seul nuage et la journée s’annonçait radieuse. Comme a son habitude, l’enfant s'appuya confortablement contre le pommier qu’avait planté jadis son grand père en haut de cette colline et s’endormit, laissant les chèvres gambader et se nourrir en toute liberté. Peu de temps après qu’il ne se soit assoupi, une présence inhabituelle le réveilla. Ouvrant les yeux, Arbhaal croisa le regard d’un homme étrangement vêtu dégageant une aura qui lui hérissa aussitôt les cheveux sur la tête. Une odeur acide vint alors agresser l’odorat de l’enfant qui plissa le nez de dégout. L’inconnu qui se tenait debout à quelques mètres d'Arbhaal portait une longue toge noire striée de gris dont les manches lui cachaient les mains et une large capuche qui ne laissait entrevoir que deux lueurs d’un jaune inquiétant. Avant qu’Arbhaal n’ait eu le temps de parler, l’inconnu déclara d’un ton sans réplique:
- Cela fait longtemps que j’observe tes faits et gestes, jeune Arbhaal. J’étais présent lors de l’assassinat des bûcherons. Quel étrange pouvoir pour un petit garçon, n’est-ce pas ?
Troublé devant cet étrange personnage, Arbhaal sentit une boule se former au creux de son estomac. Quelqu’un avait percé son secret… L’enfant pensait pouvoir cacher son crime. Qui aurait pu se douter qu’un enfant recelait une telle faculté ? Faire plier les esprits. Les dominer. Mentir devenait impossible. Cacher, dissimuler ce pouvoir que personne dans son entourage n’aurait pu accepter. Pour Arbhaal, ce don se résumait à devenir un héros caché, un justicier de contes capable de sauver des innocents comme le malheureux Ithion ou pourquoi pas ses parents un jour… Mais cette belle illusion semblait bien difficile à maintenir désormais. Que faire ?
- Je sens ta peur, continua l’inconnu implacable. Que crains-tu ? Toi, l’enfant capable d’éliminer, par son seul pouvoir, une dizaine d’hommes dans la fleur de l’âge ? Les remontrances de tes parents ? Le rejet des autres ? Un changement dans ta petite vie confortable ?
Au bord des larmes, Arbhaal sentit son monde s’écrouler, une peur abjecte s’insinuant en lui. Cet homme était mauvais, Arbhaal le sentait, et il allait prendre plaisir a tout raconter à ses parents. Il allait le faire punir, voire même le faire chasser de la maison.
Non.
Arbhaal ne pouvait pas laisser ce méchant homme dévoiler son secret. L’air environnant se fit soudain plus lourd. Les chèvres s’enfuirent alors en proie à une grande panique. L’inconnu et l’enfant se défièrent du regard, la même aura sombre émanant de leurs deux personnes et faisant se racornir l’herbe sous leurs pieds.
- Tenterais-tu d’utiliser ton pouvoir contre moi ? demanda l’homme d’un ton neutre. - Désolé messire, mais vous êtes un méchant, je le sens ! Vous ne voulez que me faire du mal ! - Ton intuition ne te trompe pas, jeune Arbhaal. Je ne suis pas quelqu’un de bienveillant et je ne laisse rien ni personne me détourner du but que je me suis fixer. Or aujourd’hui ma proie, c’est toi ! termina l’inconnu, sans une once d’humanité dans la voix.
Sentant son estomac se retourner de terreur, Arbhaal utilisa son pouvoir inné pour saturer l’esprit de l’inconnu de cauchemars et de pensées suicidaires. Pourtant cette fois ci, rien ne se produisit. Laissant l’enfant s’épuiser en vain quelques minutes, l’inconnu se mit à soupirer :
- Futilités. Tu perds ton temps.
Livide, Arbhaal se concentra de plus belle et menaça d’une voix tremblotante :
- Partez et ne revenez jamais ici. Je peux vous faire du mal si je veux.
A ces mots, l’aura qui nimbait l’enfant se concentra dans ses mains et, lorsque Arbhaal les tendit vers l’inconnu, un éclair d'ombres gémissantes en jaillit pour venir frapper l'inquiétant personnage en pleine poitrine, le propulsant plusieurs mètres en arrière. L’homme tomba lourdement au sol mais, à la grande stupeur d’Arbhaal, se releva aussitôt en époussetant sa toge de façon désinvolte.
- J’espère que cette attaque t’a défoulé, jeune homme. Bon cessons ces stupidités et parlons sérieusement, admonesta-t-il l’enfant.
Se sentant vaincu et à bout de forces, Arbhaal se laissa tomber au sol, des larmes de désespoir roulant sur ses joues.
- Connais-tu une entité nommée l’Ombre ? demanda l’homme inquiétant. - Non, balbutia l’enfant. - Et bien vois tu, ce monde est régie par deux entités primaires qui se le disputent depuis la nuit des temps. Le commun des mortels les appellent la Lumière et l’Ombre. Deux forces parfaitement opposés cela va sans dire. Elles font lutter leurs champions et leurs affrontements perpétuels maintiennent ce que l’on appelle l’Équilibre.
Devant le regard perplexe d’Arbhaal, l’inconnu précisa :
- Cela signifie qu’aucune des deux entités ne peut réellement l’emporter sur l’autre. Or, les choses ont changées voila peu de temps... Deux être hors du commun virent le jour, changeant de par leur seule existence l’avenir de ce monde. Un pour la Lumière, l’autre pour l’Ombre. - Je n’ai rien à voir avec cette histoire ! Je ne suis qu’un petit garçon et vous me faite peur. gémit le pauvre Arbhaal désemparé. - Tu n’es pas n’importe quel enfant crasseux, continua l’inconnu en balayant l’air d’une main comme s’il chassait une mouche gênante. Tu disposes depuis ta naissance de dons exceptionnels, d’une magie intuitive. Tu es l’un des deux Élus, celui de l’Ombre. - NON ! hurla l’enfant au désespoir. - Allons, tu dois bien te demander d'où te viennent ces pouvoirs étranges, non ? Tu sais au fond de toi que j'ai raison. - Ce n'est pas possible, je ne suis pas mauvais ! Je ne veux faire que le bien des gens que j'aime !
L'inconnu regarda alors Arbhaal intensément et garda le silence quelques instants.
- Qui a parlé de faire le mal ? finit-il par demander. Être élu de l'Ombre ne signifie être mauvais que pour les pleutres et les moutons de la Lumière. Si tu existes, si tu as été crée, c'est avant tout pour être puissant. Pour que le monde soit à toi ! Tu n'es pas un monstre, tu es un guide. Le seul individu à pouvoir définir les concepts de Bien et de Mal. - Alors ça veut dire que je serais le sauveur du monde ? Que j'aurais le droit de faire ce que je veux ? demanda timidement Arbhaal, d'un ton hésitant. - Tu as tout compris, confirma l’homme malveillant en hochant la tête. Ce pouvoir qui est tien, pourquoi le cacher ? Pourquoi craindre ceux qui te jalousent, qui ont peur de ta puissance ?
A ces mots, les yeux de l'enfant s'illuminèrent car une vision venait de s'imposer à lui, pour la première fois. Un monde qu'il protégerait, des gens heureux qui le vénéreraient comme un chef, lui, leur bienfaiteur. Tel son héros Myhen le pauvre harpiste, il pourrait réaliser une sélection impitoyable entre les vertueux et les méchants. L'inconnu interrompit aussitôt la rêverie d’Arbhaal.
- Il semblerait que tu commences à réaliser les possibilités offertes par tes pouvoirs et tout ce que cela va engendrer pour ton avenir, petit Arbhaal.
L'enfant acquiesça timidement.
- Néanmoins, je me dois de t'enseigner de dures leçons pour que tu parviennes à faire un jour triompher l'Ombre. Tu dois quitter cette vie minable de paysan pour apprendre, à mes cotés, tout ce qui te sera nécessaire pour accomplir ta destinée. Je suppose que tu me haïras plus d'une fois, mais qu'importe. Qui veut la fin veut les moyens.
En entendant ces paroles, Arbhaal déglutit, son bel enthousiasme envolé aussi vite qu'il était venu.
- Vu ton jeune âge, je vais être compréhensif. poursuivi l'homme, toujours terriblement calme. Je te laisse jusqu'à demain. - Pour quoi faire ? demanda l'enfant inquiet. - Pour profiter une dernière fois de cette vie et de tes proches, voyons, répondit l'homme en haussant les épaules devant la question qu'il jugeait stupide. Demain, à la seconde même où le soleil se couchera, je me présenterais devant la ferme de tes parents et je les tuerais.
Arbhaal fixa l'inconnu bouche bée, comme s'il avait mal entendu.
- Je me dois de détruire la moindre chose ou personne qui te rattache à ton passé. Tu ne dois posséder aucune faiblesse. - Non, pitié messire ! Ne faites pas ça ! Pitié, je ferais tout ce que vous voudrez ! balbutia Arbhaal les yeux embués de larmes, en se jetant aux pieds de l'inconnu. - Que je le fasse ou pas, je t'emmènerais avec moi de toute façon. Tu n'as pas le choix, coupa ce dernier, impitoyable. - Alors laissez mes parents en vie, je vous en supplie ! Pourquoi les tuer ? Ils n'ont rien fait de mal ! - Ce n’est que ta première leçon… - Une leçon ? Quelle leçon ? s’écria l'enfant incrédule. - Que le fort domine le faible, répondit l'homme d'un ton glacial en se penchant pour caresser la joue moite du garçonnet. Je décide de la tournure des événements et tu ne pourras rien y changer car aujourd'hui tu m'es inférieur, Arbhaal. Ainsi le goût amer que tu auras quand je tuerais tes parents innocents te restera jusqu'au jour ou plus personne ne sera au dessus de toi. Jusqu'au moment où toi, l’ombreguide, régnera sur ce monde selon tes règles, sans te soumettre à quiconque, moi y compris. - Non ! hurla l'enfant en s'accrochant aux plis de la robe de l'inconnu. Je vous en supplie ! - Demain, au coucher du soleil, termina l'homme d'un ton qui ne tolérait aucune réplique.
Il saisit alors l'enfant par le cou, le souleva du sol et le projeta tel un fétu de paille contre le pommier. L’inconnu disparut alors, s'évaporant comme de la brume sans attendre le réveil d’Arbhaal étendu inconscient sur le sol
Lorsque Arbhaal rentra ce soir là, contusionné et sans chèvres, ses parents épouvantés le mirent au lit sans attendre. Pendant qu’Isabella resta dans la cuisine pour préparer une infusion d'herbes tranquillisantes, Rohir se tint près de lui, sa seule présence rassurant l'enfant.
- Par les esprits, qui donc t'a fait ça, mon grand ? finit par demander Rohir, l'inquiétude se reflétant dans ses yeux sombres. - Ce...Ce sont des voleurs, papa… balbutia Arbhaal qui se blottit de plus belle sous sa couverture, tremblant de peur. Ils m'ont sauté dessus, m'ont battu et ont pris mes chèvres, ajouta-t-il en sanglotant.
Rohir, tremblant de colère devant l’émoi de son fils, lui saisit la main et la serra de manière rassurante.
- Allons ne t'en fais pas, fiston. Tu es en sécurité maintenant. - Nous allons te laisser dormir un peu, lança Isabella en entrant dans la petite chambre, une tasse d'infusion à la main.
La jeune femme s’agenouilla alors devant le petit lit et porta la tasse aux lèvres de l’enfant tremblant. Une fois que son fils eut avalé quelques gorgées de tisane, Isabella entraina Rohir hors de la pièce pour laisser Arbhaal se reposer avant le repas du soir. Rester seul, l’enfant sanglota de plus belle, incapable d'admettre que ses parents aimants ne seraient plus que des souvenirs le lendemain, à cause d'un homme cruel et sans cœur. Mais le plus insupportable pour Arbhaal fut d'imaginer les nombreuses tortures qu'allait imposer l'inconnu à ses pauvres parents et à Grand’ Ma. Il en était capable et il allait le faire, c'était une certitude. Arbhaal ne pouvait tolérer cela, il devait agir, mais comment ? Que pouvait donc faire un enfant face à un homme si implacable ? Fuir avec sa famille ? Mais pour aller où ? Et surtout comment convaincre ses parents de quitter la ferme ? Jamais son père n’accepterait de partir ainsi… Se battre, lutter contre cet être sans cœur ? Ses pouvoirs inefficaces, Arbhaal restait un malheureux garçonnet sans défense. Alors que faire ?... Soudain une idée atroce lui vint à l'esprit. Le seul moyen d'empêcher l'inconnu d'appliquer ses odieux projets était de tuer lui même ses parents, sans douleur, sans souffrance et sans peur. Leur destin était déjà tracé, scellé, mais Arbhaal pouvait encore faire quelque chose pour soulager sa famille qu'il aimait tant. Pour les soustraire à la folie de l'inconnu. Une horreur, une résignation écœurante l'envahit alors. Il n'avait pas le choix, il devait se montrer fort pour épargner une longue agonie à ses proches. Toujours caché sous les draps de laine, l’enfant ne vit pas une ombre plus dense que les autres se retirer du miroir placé en face de son petit lit. Une silhouette intangible dotée d’un sourire sinistre.
…..
Pendant plus d'une heure, l'enfant réfléchit au meilleur moyen d'appliquer son funeste projet. Lorsqu’Isabella vint le chercher pour le repas, Arbhaal se laissa porter comme lorsqu'il était plus jeune et savoura la douceur des bras maternels. Il retint avec difficulté ses larmes et, en détaillant le visage aimant de sa mère, Arbhaal sut que son choix restait le seul possible. Le repas se déroula dans le calme. Le plus difficile pour Arbhaal fut de sentir trois regards inquiets posés sur lui. Les larmes lui montèrent plus d'une fois aux yeux. Pour le dessert, Grand’ Ma avait préparée de succulentes galettes au miel, et la petite famille les savoura tranquillement en attendant que l'eau pour la tisane du soir ne bout. Juché sur les genoux de sa grand mère, Arbhaal se remémora son plan. Alors que les deux femmes débarrassaient le couvert pour commencer à faire la vaisselle, Rohir sortit vérifier la bonne santé des bêtes dans la grange. Arbhaal en profita pour aller chercher en toute hâte l'élixir de sommeil donné par l'herboriste du village pour favoriser le repos de son père. Il le trouva à sa place habituelle, sur les quelques planches de bois qui servaient de table de nuit à ses parents. Néanmoins, au lieu de mettre quelques gouttes dans la tasse de son père, disposée avec celles du reste de la famille sur la table à manger, Arbhaal versa tout le contenu de la bouteille dans la théière. Une bonne demi-heure plus tard, toute la famille se rassembla autour du feu pour déguster une bonne infusion de feuilles de menthe. Malgré les remarques inquiètes de ses proches, Arbhaal refusa le breuvage qu'il appréciait tant d'habitude, prétextant des nausées. Quelques instants passèrent durant lesquels chacun raconta ses occupations de la journée. Soudain Grand’ Ma commença à bailler à s'en décrocher la mâchoire, rapidement imitée par son fils et par Isabella. Complètement épuisés, les trois adultes se hâtèrent de coucher Arbhaal avant de s’écrouler dans leurs lits. L'enfant attendit patiemment minuit et lorsque la vieille pendule sonna, il se prépara à réaliser son forfait. Il se rendit dans la salle commune et prit le couteau à viande dont se servait son père, les jours de fête. L’enfant respira longuement pour calmer ses mains tremblantes, et prit quelques minutes pour se remémorer tous les instants de bonheur que sa famille et lui avaient vécus dans cette maison. Grand’ Ma lui apprenant à coudre un soir d'hiver, sa mère si douce qui lui racontait de jolis contes devant la cheminée et la surprise qu'il avait eu en découvrant, le jour de son précédent anniversaire, le magnifique cheval de bois que lui avait confectionner son père. Et pour la dernière fois, Arbhaal pleura.
…..
Lorsqu'il sortit de la maison, une heure plus tard, Arbhaal avait les mains couvertes de sang jusqu'aux coudes et les vêtements tachés. Le visage inexpressif, l'âme brisée par le crime qu'il venait de commettre, l'enfant observa la lune un long moment. Tremblant, épuisé, il finit par se coucher dans l'herbe et s'endormit d'un sommeil sans rêves. Le soleil du petit matin finit par le réveiller. Clignant des yeux devant l'astre lumineux, Arbhaal observa ses mains rouges du sang de sa famille mais, à son grand étonnement, pas une larme ne s'écoula de ses yeux. Réalisent soudain l'ampleur de la tache qui lui restait encore à accomplir avant le coucher du soleil, Arbhaal se leva avec raideur et entra de nouveau dans la maison, devenue un tombeau. Le toit fait de chaume aidant, la maison et la grange brûlèrent facilement. Les bêtes en proie à la terreur s'enfuirent alors, désorientées. Arbhaal, tenant sous le bras le livre de contes qui l'avait fait tant rêver, regarda longuement la demeure de son enfance perdue disparaître dans les flammes. Puis, lorsqu'il remarqua que le soleil commençait à prendre une teinte ocre, il creusa à la hâte un petit trou dans le jardin et y enfoui une caisse fabriquée par son père, contenant désormais le livre de contes et une mèche de cheveux de chaque membre de sa famille défunte. Au moment même où il referma la caisse de bois, tous les bons sentiments qui l'animaient disparurent au plus profond de son âme meurtrie. Il cessa alors de souffrir, de ressentir, de vivre tel l'enfant qu'il aurait du rester. Son regard devint alors froid, dénué de la moindre parcelle d'humanité et à ce moment précis, il se retourna pour dévisager l'individu qui venait d'apparaître avec l'obscurité de la nuit, écho de celle de son cœur.
- Me voici donc de retour à l'heure prévue jeune Arbhaal, déclara l'homme encapuchonné de sa voix glaciale. Mais que vois-je ?
Faisant le tour de la maison qui achevait de se consumer, l'inconnu finit par se poster devant le jeune garçon dont le visage s'ornait d'un sourire sans joie, fier du tour qu'il venait de jouer à son tortionnaire.
- Tu me prives donc de l’opportunité de détruire moi même ton existence d'enfant ? constata l'inconnu d'un ton neutre. Je m'en doutais un peu, vois tu. Tu disposes déjà d'une grande force de caractère et tu aimes me défier. Voila de belles qualités pour mener à bien ton destin.
Arbhaal s'inclina devant le compliment.
- Néanmoins… ajouta l'homme sinistre. C'est la première et dernière fois que je t'autorise à faire preuve de compassion, jeune Arbhaal. Tu as abrégé la vie de ta famille pour éviter qu'ils ne souffrent entre mes mains. Je le tolère car tu as du faire preuve de beaucoup de courage pour accomplir un tel acte. Mais saches que tu ne reverras jamais plus une once de clémence de ma part.
Portant son regard sur les restes de la chaumière calcinée, il ajouta d’une voix neutre :
- Je sais ce que je te fais endurer aujourd’hui. Il n’y aura nul retour possible. C’est un acte cruel, inhumain envers toi mais sache que je n’en tire aucun plaisir. Ni toi, ni moi n’avons le choix et j’ose croire qu’un jour, tu comprendras.
D'un mouvement désinvolte de la main, l'inconnu fit alors jaillir une porte de l'obscurité du néant.
- Avant de partir vers ta destinée, as tu des questions ou des choses que tu voudrais me dire ? demanda-t-il. - Oui. Je ne veux savoir qu'une seule chose, répondit l'enfant toujours incliné, le regard fixant le sol. Quel est votre nom ? - Je me nomme Zehyst. Puis je savoir pourquoi tu me demandes ceci maintenant ? - Pour savoir comment vous appeler lorsque je vous tuerais de mes propres mains, dans les pires souffrances que l'on ne puisse imaginer ! déclara Arbhaal, en relevant la tête pour foudroyer Zehyst d’un regard débordant de haine et de rancœur. - Amusant... soupira l'intéressé. Tu me plais élu de l'ombre. Tu me plais beaucoup. Peut être seras tu à la hauteur de la tache à accomplir.
Et il disparut à travers la porte. Arbhaal recouvrit alors de terre la caisse qu'il venait de placer dans le trou, et prit une longue inspiration. Puis, après avoir jeté un dernier regard à sa maison et à la terre meuble qui cachait l’ultime souvenir de son bonheur perdu, Arbhaal passa à son tour la porte sans hésitation. Il venait de sentir l'appel de son destin.
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|  | | olivier.lusetti Maître des Ombres


Messages: 3430 Date d'inscription: 09/04/2009 Age: 45 Localisation: Perpignan
 | Sujet: Re: Résultat du comité sur le manuscrit Frères de Coeur d'Eladwynn Jeu 23 Déc 2010 - 1:24 | |
| Chapitre 3
A la croisée des chemins
- Des pions pour protéger ton roi ? Tu es décidément bien joueur…
…..
Cela faisait plus de trois heures qu’Isaac chevauchait et, même si le temps était au beau fixe, le jeune homme restait d’humeur maussade. Le ciel était d’un bleu azur, sans nuages, et le soleil brillait de mille feux, rendant ce milieu d’après midi aussi étouffant qu’il était de coutume durant cette période de fin d’été. Le père adoptif d’Isaac, le célèbre Ganon, l’avait envoyé pour une mission diplomatique auprès du maire d’Irthok, petite ville commerciale du sud. Cette bourgade modeste entretenait de bonnes relations avec « l’abbaye du repos du dévot » où vivait Isaac depuis sa plus tendre enfance. Le jeune homme ne voyait vraiment pas l’intérêt qu’avait son maître à lui confier une tache aussi ingrate, mais ce dernier avait beaucoup insisté pour que ce soit Isaac, et nul autre, qui accomplisse cet acte diplomatique banal. Relativement indépendante au niveau des récoltes de blé et de fruits et légumes et disposant de troupeaux d’herbivores plus que suffisant pour combler les besoins des habitants en viande et laine, l’abbaye de Ganon tachait d’entretenir des relations amicales avec les villes avoisinantes. Ainsi les dévots étaient fréquemment approvisionner en matières premières, notamment en minerais, mais aussi pouvaient obtenir certains livres et parchemins directement importés de la capitale du continent, «Onde-étoile ». Le jeune Isaac aurait largement préféré pourfendre un dragon de l’Ombre ou un vil fanatique en compagnie de vaillants aventuriers, plutôt que de boire le thé pendant des heures avec un politicien rondouillard, porter sur les blagues douteuses. Arrivé à l’abbaye, Isaac comptait bien dire à son précepteur le fond de sa pensée, même si ce dernier, comme à son habitude, allait s’amuser de la fougue de son disciple. Grand jeune homme athlétique, Isaac ressentait de plus en plus le besoin de partir à l'aventure, lutter pour prévaloir les valeurs de la Lumière comme son récent statut de dévot l’exigeait. Il lui tardait de faire ses preuves. Vingt ans, une longue chevelure argentée qui lui tombait sur les épaules, des yeux bleus, la mâchoire carrée : Isaac semblait être l’image type du protecteur des opprimés. Son armure de cuir et son épée ouvragée au fourreau ne démentaient pas non plus son apparence. Isaac scruta un long moment les fourrés bordant la route à l’affût du moindre mouvement suspect, mais tout était calme. C’était une magnifique journée et le jeune homme décida de se détendre en attendant d’arriver à l’abbaye qui n’était plus qu’à une heure de route. Il lança son beau destrier au pelage neigeux dans une course effrénée qui dura une dizaine de minutes, semblant ignorer les cahots de la route mal entretenue. Le jeune homme arriva sur les lieux en fin de journée et découvrit les ruines, encore fumantes, de ce qui fut pour lui un foyer depuis l’enfance. Il fouilla des heures durant la bâtisse à la recherche de survivants ou d’indices concernant les attaquants, mais ne découvrit que des cadavres, dont les visages étaient figés d’horreur et de douleur. Renonçant au fol espoir de découvrir l’un des habitants de l’abbaye encore en vie, Isaac se força à fixer l'édifice pendant plus d'une heure, sans se soucier des larmes qui inondaient son visage. Le jeune homme décida ensuite d'établir son campement dans les ruines du bâtiment et passa une nuit particulièrement agitée, où des cauchemars mettant en scène la mort de son maître ne cessèrent de le tourmenter.
Au petit matin, un rire léger tira le jeune homme de son sommeil. Se redressant aussitôt, l’épée au clair, Isaac tourna le regard en tout sens. Un toussotement dans son dos le fit soudain sursauter. Se retournant vivement, le dévot croisa les yeux amusés d’un individu étrange, accoudé contre un tronc d’arbre. De taille moyenne, uniquement vêtu d’une toge immaculée, l’homme respirait le calme et la sérénité. Sa longue chevelure dorée comme les blés flottait au gré du vent et ses yeux azur semblaient renvoyer une profonde mélancolie.
- Qui êtes vous ?! s’exclama Isaac, en tachant de dissimuler le tremblement dans sa voix.
Pour toute réponse, l’inconnu s’évapora comme une brume chassée par le soleil. Interloqué, Isaac se rapprocha de l’arbre et écarquilla les yeux en apercevant un nom gravé sur le tronc sombre. Zehyst Une petite voix tinta alors aux oreilles du jeune dévot :
- N’oublie jamais ce que le sorcier t’a pris aujourd’hui. Suis ta voie en sachant qu’un jour, il viendra à toi.
Interdit, Isaac posa un genou à terre et se passa la main sur son visage en sueur.
Le dévot parti en milieu d'après-midi sans se retourner, sombre et morose, mais déterminé à tenir sa parole en éliminant le sombre personnage responsable de cette tuerie. Il ressentit soudain un immense vide en lui dont la raison s'imposa à son esprit, implacable et terrifiant. Comme il l'avait tant souhaité depuis des mois, il était enfin seul, libre, sans but autre que marcher le long d'une route inconnue vers un destin qui lui sembla un fardeau bien trop lourd pour ses jeunes épaules. La futilité de ses rêves d'adolescent le frappa et Isaac se surprit à sourire. Combien de fois s'était il plaint des exercices que lui imposaient Ganon et ses autres précepteurs ? Combien de fois avait il souhaiter se battre contre tous les monstres dont les images peuplées les livres les plus terrifiants de la bibliothèque ? Combien de fois avait il envier les dévots aguerris qui quittaient l'Abbaye pour partir à l'aventure pendant que lui devait se contenter des exercices d'armes pénibles et fatiguant, de lectures fastidieuses ou de corvées d'épluchures de pommes de terre ? Plus jamais il ne reverrait toutes ces personnes qui l'avaient éduqué, protéger, amuser, réprimander ou tout simplement aimer... Que valent toutes les aventures épiques si on n'a aucun foyer où retourner ? Aucune personne à qui raconter nos exploits et qui nous félicitent et nous encouragent ? Isaac revit les soirées d'hiver pendant lesquelles Ganon lui apprenait les pas de danse nécessaires à briller lors de la fête de la moisson et se moquer gentiment de son disciple maladroit. Les histoires de dévots des temps passés que racontait si bien Frère Ouriun devant la cheminée de la salle commune. Les repas délicieux où rires et joie étaient omniprésents. Les leçons de morale de Frère Paston si patient. Les joutes, les prières, les veillées… La soirée magique où, pour amuser les jeunes garçons encore enfants, Ganon et quelques frères s'étaient grimés en dragon pour pénétrer dans la salle commune durant un repas déclenchant une joyeuse bataille de nourriture au grand dam du cuisinier. Tant de bons souvenirs perdus... Le jeune homme laissa couler sans retenue des larmes de regret. La dure et amère réalité venait de le frapper.
Isaac chevaucha ainsi pendant trois jours en direction d’Onde-étoile, sans plan précis en tête. Le matin suivant, il fut stoppé dans sa chevauchée par un groupe de paysans en difficulté, au croisement des routes menant à l'Abbaye, au village de Lihell et vers la capitale, Onde-étoile. L’un d'entre eux s'avança d'un pas incertain vers le dévot.
- Holà mon seigneur. Pourriez-vous nous aidez à déplacer un énorme tas de rochers qui bloque la route et nous empêche de faire passer nos charrettes ? demanda cet homme d’âge mur avec un fort accent de la région. - Mais bien entendu, répondit Isaac en souriant. Je vais me faire un plaisir d'arranger cela.
Le jeune homme descendit de son destrier et pendant plus d'une heure aida les paysans à dégager la route. La chaleur était accablante. Isaac commençait à peiner sérieusement, quand soudain il aperçut au loin un andaren qui marchait tranquillement dans sa direction le long de la route venant de Lihell. L'inconnu était vêtu d'une tunique sombre recouverte d'un manteau en laine, et portait un large chapeau bleu décoré de nombreux signes cabalistiques. Lorsque le regard d’Isaac se posa sur le bâton de l'andaren, il ressentit un picotement le long de son bras gauche et une douleur fugace sur son front. Cette arme n'était pas commune. Le manche, couvert de runes indéchiffrables, supportait quatre pierres dont une partie semblait manquer pour chacune d'entre elles et qui scintillaient de reflets rouge, bleu, marron et jaune. Un énorme diamant terni était enchâssé dans un creux formé au centre des autres pierres. L’érudit, car tout laisser à penser que ce personnage en était un, cheminait d'un pas tranquille et observait d'un air joyeux les nombreux arbres qui bordaient la route. Le dévot cessa quelques minutes son activité épuisante, et s'accouda contre le pan rocheux qui délimitait le bord droit de la route pour reprendre son souffle. Arrivé à sa hauteur, l’andaren joyeux l’apostropha :
- Bien le bonjour, noble garçon. L’humble érudit que je suis, pourrait il avoir l'impudence de vous proposer son aide dans votre tâche ardue ? Je me nomme Orion, voyageur en provenance de Jaelis’Oskor. - J'accepte avec plaisir. Je suis Isaac de l'abbaye du repos du dévot, répondit le jeune homme après une brève hésitation, la gorge nouée à la seule évocation de son foyer disparu.
L'étranger lui serra chaleureusement la main et se mit aussitôt à l'ouvrage à ses cotés.
- Que peut donc bien faire un brave dévot tel que vous dans cette contrée perdue ? demanda l'andaren en déplaçant un gros rocher. - En fait, mon abbaye a été détruite pendant que j'effectuais une mission diplomatique. J'ai juré d'éliminer le responsable de cette tuerie, expliqua Isaac d'un air sombre. - Je vois. Une bien noble quête. Je suis moi-même à la recherche de compagnons à seconder pour parfaire mon apprentissage de la maitrise des plans. Selon mon maître, les voyages forment la jeunesse. Cela vous plairait-il d'avoir vos côtés un modeste érudit ?
Isaac scruta un long moment son interlocuteur puis répondit, tout sourire :
- Il est vrai que la solitude me pèse. J'accepte votre compagnie avec plaisir. Je propose, qu'après avoir aider ces pauvres gens, nous nous dirigeons vers la capitale où je compte obtenir des informations sur un certain Zehyst.
Approuvant l'idée d'un hochement de tête, l'andaren se retourna pour continuer son dur labeur.
Une heure plus tard, des cris provenant de la forêt se firent entendre. Un homme encapuchonné émergea du bois en courant, poursuivi par cinq mahos maniant de petites haches et des gourdins. Analysant d'un coup d’œil la situation, Isaac dégaina son épée et courut vers l'étranger pour lui prêter main-forte. Un projectile de lumière le dépassa soudain pour aller frapper le premier maho qui s'écrasa au sol, mortellement brulé. Le dévot se retourna brièvement pour voir Orion le front plissé de concentration, les mains tendues vers les créatures massives. Rassuré par le soutien de son nouvel ami, Isaac chargea le second maho qui menaçait le flanc de l'inconnu. Ce dernier, profitant de ce secours providentiel, et aussi probablement par manque de souffle, s'était retourné vers ses assaillants. Le jeune homme encapuchonné saisit une épée courte placée à sa ceinture et trancha d’un coup sec la jugulaire du premier maho qui eu la malchance d'arriver à sa portée. Malheureusement, un autre monstre l'assomma d'un coup de gourdin sur la tête, alors qu’Isaac en difficulté face à deux ennemis, ne pouvait lui prêter secours. L'homme ne dû son salut qu'a une seconde boule de lumière ardente qui percuta la face craquelée du maho sans toutefois parvenir à le tuer. La créature se retourna aussitôt vers Orion et courut vers lui pour se venger de cette offensive magique. L’andaren aux abois déglutit en voyant fondre sur lui la créature massive bavant de rage. Se ressaisissant, l’érudit se concentra à toute vitesse pour puiser à nouveau de l’énergie du plan de la Lumière. Le monstre fut plus rapide et décocha au pauvre Orion une gifle magistrale qui le sonna pour le compte. Le malheureux andaren fut projeter trois mètres plus loin par la force de l’impact. Le maho s'approchait déjà de sa proie pour l'achever quand soudain, le tas de pierres sur lequel se tenait Orion explosa, propulsant les deux adversaires dans les fourrés qui bordaient la route. Une voix rocailleuse se fit alors entendre :
- Ha les andarens, tous les mêmes ! Ils sont tellement fragiles que lorsqu' on leur donne une petite baffe, ils s'écroulent et il faut les secourir même quand on n’en a pas envie.
Un nain doté d’une courte barbe noire comme le charbon émergea des décombres du tas de pierres, du sable tourbillonnant autour de ses doigts potelés. Droit et fier, le petit personnage tenait fermement brandie une « double-éclipse » : arme de grande qualité constituée de deux cercles tranchants, l’un en or, le second en argent, séparés par un long manche en bois sombre. Vif et agile, l’inconnu se jeta sur le maho étourdi et le décapita d’un moulinet de sa double-éclipse. Repoussant la main d’Orion qui espérait bien naïvement un peu d'aide pour se relever, le nain courut vers Isaac qui, tout en maintenant en respect ses adversaires, n'arrivait pas à placer de coup décisif. Le petit personnage donna un coup de tête magistral dans l’estomac du maho le plus proche, effrayé par cet être barbu dont le regard reflétait la démence. Une fois à terre le nain lui enfonça sa double-éclipse entre les deux yeux. Les deux combattants eurent tôt fait d'expédier leurs derniers opposants. Orion, qui avait réussi à se dégager du buisson, se rapprocha de l'humain encapuchonné toujours inanimé et se pencha sur lui pour prendre son pouls. Sans prononcer un mot, le nain se dirigea derrière le tas de pierre, ou tout du moins ce qui en restait, et revint en tirant derrière lui une mule lourdement chargée. Intrigué, le dévot en profita pour lui demander :
- Je vous remercie de votre aide, maître nain. Je suis Isaac et voici Orion. À qui ai-je l'honneur ?
Le petit personnage répondit aussitôt, d’un ton bourru :
- Je suis Garadryk. Chasseur de primes et grand explorateur ! Bon, je crois que je vous ai sauvé, les gars. Je pense donc qu’un peu d’or devrait récompenser le grand guerrier que je suis.
Outré par cette attitude pour le moins opportuniste, Orion répliqua avec véhémence :
- Espèce de vil profiteur ! Comment osez-vous faire payer des gens dans le besoin !? Votre récompense devrait être le plaisir de nous voir sain et sauf. Sauver des vies ne se mesure pas en or.
Désirant éviter une joute verbale inutile, Isaac se hâta de calmer les deux belligérants. Posant une main apaisante sur l’épaule de l’andaren, il demanda à Garadryk :
- Pourquoi ne vous joindriez-vous pas à nous messire ? A priori, vous voyagez seul en ces terres inhospitalières. Je suis à la recherche d’un assassin nommé Zehyst et Orion a décidé de se rallier à moi pour parfaire son apprentissage de la maitrise des plans. Je suis persuadé que la présence d'un puissant guerrier tel que vous serait indispensable à notre périple. Il est certain que le partage des trésors que nous amasserons lors de notre voyage suffira amplement à vous dédommager de vos services, qu'en pensez-vous ?
A la mention du mot trésor, l'œil du nain se mit à briller. Il accepta prestement la proposition du dévot, en lui serrant la main avec vigueur. L'inconnu encapuchonné se réveilla sur ces entrefaites. Se voyant cerné par des étrangers, il porta la main à son épée, mais à la vue des mines bienveillantes et amusées d’Isaac et d’Orion, il se calma. Anticipant les questions de ses sauveurs, il déclara alors d'une voix mal assurée :
- Je vous remercie de m'avoir secouru. Je m'appelle Ydhan et je suis un esprit libre. Je me suis récemment soustrait à la garde de mon tuteur et…
Repoussant la main que lui tendait Ydhan, Isaac s'écria d’un ton véhément:
- Un esprit libre ! Un vulgaire marginal, vous vouliez dire ! Ce petit jeu ne prend pas avec moi ! Vous me semblez être qu’un bandit de bas étage. Je refuse d'avoir à supporter des êtres tels que vous.
Orion s'interposa entre les deux hommes et scruta un long moment le jeune homme efflanqué. Ce dernier n'avait pour arme qu'une simple épée courte et une dague cachée dans sa botte. Sa tunique et ses braies marron étaient en piteux état et sa capuche n'arrivait pas à totalement dissimuler ses yeux verts, sa bouche fine qui ne semblait pas habituée à sourire et ses cheveux noirs hérissés. L’érudit se retourna soudain vers Isaac :
- Qui sommes-nous pour le juger ? Nous ne connaissons pas les épreuves que cet homme a pu traverser. Il semble plus triste et seul que dangereux. La voie des dévots ne prône-t-elle pas la tolérance et les bonnes actions en tout genre ? Tourner le dos à cet homme ne me paraît pas judicieux. L’abandonner en ces terres serait le condamner à croiser la route d’autres créatures peu amicales. La milice du village voisin ne le protégera pas.
Se tournant vers le nain, Orion poursuivit :
- Et vous Garadryk, qu'en pensez-vous ? - Tant que je suis payé, vous pouvez prendre n'importe quel guignol avec nous, ça m'est complètement égal. A condition que ce ne soit pas un tir au flanc, ça ne me dérange pas.
Après un court moment d'hésitation, Isaac se rallia aux arguments de l’andaren et serra vigoureusement la main de leur nouveau compagnon. Soudain le dévot écarquilla les yeux et s'exclama :
- Au fait, je me demande où sont allé les paysans ? Avec l'énergie qu'ils ont mis à fuir les monstres, ils auraient pu facilement déblayer le chemin en moins de temps qu’il ne faut pour le dire!
Imaginant la scène des paysans terrifiés, courant pendant des heures pour échapper aux mahos, les quatre acolytes éclatèrent de rire de bon cœur.
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